La dernière lettre

La lettre avait été déposée au centre de la table. C’était un papier tout simple, de mauvaise qualité, froissé, abîmé, retapé, innocent et menaçant. Alice avait envie de le déchirer, de le détruire pour nier son existence ou de le prendre et de le serrer contre elle comme si ce dernier lien pouvait lui ramener la personne dont il était question. Elle voulait le fuir et ne pas s’en éloigner. Elle voulait… Elle voulait sa sœur. Ses yeux rougis et plein de larmes fixaient la missive et ne voyaient plus rien. Elle s’accrochait à sa fille, son adorable petite fille, blottie dans ses bras. Sa sœur était morte. Sa jumelle, son double, l’autre moitié d’elle-même, n’était plus. Elle n’avait pas pu la revoir une dernière fois. Elle n’avait pas pu lui parler d’Amélia. Elle n’avait pas pu… Continuer la lecture de « La dernière lettre &rquo;

La prophétie – Les trois premiers chapitres

Prologue

Le destin est une chose étrange. Certains y croient, d’autres non. Pour les uns, il s’agit d’une excuse facile afin de nier leurs responsabilités sur le cours qu’a pris leur vie. D’autres le remettent entre les mains des Dieux. Pour eux, leurs existences font partie d’un dessein plus vaste, qui les dépasse, et le bon comme le mauvais, tout a un sens, une raison d’être. Pourtant, peu importent nos croyances, depuis l’aube des temps, il est dans notre nature de chercher à contrôler cette insaisissable destinée. Continuer la lecture de « La prophétie – Les trois premiers chapitres &rquo;

Survivre

Le noir. Le néant. L’angoisse. L’odeur de fumée. Les ténèbres. Le vide. Des sons dans le silence. Des images dans l’obscurité. La jeune femme était perdue, égarée dans ce non-être. Elle y était bien. Elle y était mal. Elle luttait pour ne pas y demeurer. Elle craignait d’en sortir. Qui était-elle? Où était-elle? Elle était attendue. Elle était espérée. Quelque part. Peut-être… La peur. La douleur. La tristesse. Le feu! Continuer la lecture de « Survivre &rquo;

Une nuit d’hiver

Trois jours durant, il avait neigé. De lourds flocons étaient mollement tombés, couvrant la nature d’un blanc et paisible duvet. En fin d’après-midi, ce jour-là, le ciel s’était enfin éclairci. Lorsque le soleil avait disparu à l’horizon, la température avait chuté avec lui. La nuit était glaciale. Un perfide petit vent s’échinait à se faufiler dans les moindres interstices des murs, des portes et des fenêtres. Tapis à l’intérieur d’une masure, sise dans un quartier modeste de la ville, deux amoureux s’en moquaient. Ils se réchauffaient de la présence l’un de l’autre. Continuer la lecture de « Une nuit d’hiver &rquo;

Le secret de la clairière

Assise sur le banc, près de l’entrée de la maison, la fillette battait tristement des pieds. C’était un bel après-midi. Le ciel était bleu et clair. Le soleil brillait. La température était douce. Amélia aurait aimé pouvoir en profiter. Elle avait tant espéré… Ces derniers jours, elle avait été malade et, fiévreuse, avait dû s’aliter. Une promesse d’Aimée lui avait permis de garder le sourire malgré l’épreuve. Dès qu’elle serait remise, elles iraient ensemble au pré, non loin, et elle lui apprendrait à tresser des fleurs pour en faire une parure. Ce matin encore, elle la lui faisait miroiter. Mais voilà, à peine le déjeuner avait-il été avalé qu’une amie frappait à la porte et l’invitait à venir s’amuser avec elle. Aimée était partie, sans un regard en arrière. Ce n’était pas grave. Les fleurs seraient toujours là demain. Non… Ce n’était pas si grave… Amélia avait l’habitude d’être seule. Elle se ferait une raison. Elle soupira. Le pré était si près… Juste assez pour la narguer. Seule, elle ne pouvait y aller. Continuer la lecture de « Le secret de la clairière &rquo;

Victoria et Yseult

Une douce brise faisait bruire la canopée. La forêt avait son chant, son souffle. La jeune fille avait appris à le connaître, à l’apprécier. Ici, elle se sentait vivante. Elle se sentait libre. Même si pour l’instant, furtive, elle se faufilait le plus discrètement possible vers un endroit bien précis. Elle l’avait découvert par hasard, lors d’une de ses errances. Elle était retournée y rôder depuis à plusieurs reprises. Elle y revenait toujours. Ce n’était toutefois pas pour l’accueil. Si la vieille la surprenait, elle passerait un mauvais quart d’heure. Elle marcha sur une brindille. Le bruit la fit grimacer. À trop réfléchir à ce qui pourrait lui arriver, elle n’était pas assez attentive. Elle finirait par… Continuer la lecture de « Victoria et Yseult &rquo;