Pour elle…

Les Dieux avaient entendu sa prière. Son père était à la maison. Lorsque la servante le lui avait confirmé, Paul s’était retenu de l’embrasser. C’était d’ailleurs préférable. Le précédent aurait été malheureux et plutôt embarrassant. Il lui suffisait d’imaginer la scène pour avoir envie de rire. Ce n’était pas le moment. Debout devant la porte du bureau paternel, il se tenait bien droit, un grand sourire niais aux lèvres et ses mains serrant nerveusement le précieux document roulé entre ses mains. Pour lui, pour ce qu’il pouvait lui permettre d’espérer, il serait allé retrouver son père n’importe où! Enfin, non, peut-être pas n’importe où. Interrompre un important rendez-vous, par exemple, ne l’aurait pas mis en bonne condition pour lui venir en aide et cette aide, il en avait besoin. Puis, il devait rejoindre Catherine, sa Catherine, à la clairière. Il ne voulait pas trop la faire attendre. Continuer la lecture de « Pour elle… &rquo;

La dernière lettre

La lettre avait été déposée au centre de la table. C’était un papier tout simple, de mauvaise qualité, froissé, abîmé, retapé, innocent et menaçant. Alice avait envie de le déchirer, de le détruire pour nier son existence ou de le prendre et de le serrer contre elle comme si ce dernier lien pouvait lui ramener la personne dont il était question. Elle voulait le fuir et ne pas s’en éloigner. Elle voulait… Elle voulait sa sœur. Ses yeux rougis et plein de larmes fixaient la missive et ne voyaient plus rien. Elle s’accrochait à sa fille, son adorable petite fille, blottie dans ses bras. Sa sœur était morte. Sa jumelle, son double, l’autre moitié d’elle-même, n’était plus. Elle n’avait pas pu la revoir une dernière fois. Elle n’avait pas pu lui parler d’Amélia. Elle n’avait pas pu… Continuer la lecture de « La dernière lettre &rquo;

Survivre

Le noir. Le néant. L’angoisse. L’odeur de fumée. Les ténèbres. Le vide. Des sons dans le silence. Des images dans l’obscurité. La jeune femme était perdue, égarée dans ce non-être. Elle y était bien. Elle y était mal. Elle luttait pour ne pas y demeurer. Elle craignait d’en sortir. Qui était-elle? Où était-elle? Elle était attendue. Elle était espérée. Quelque part. Peut-être… La peur. La douleur. La tristesse. Le feu! Continuer la lecture de « Survivre &rquo;

Une nuit d’hiver

Trois jours durant, il avait neigé. De lourds flocons étaient mollement tombés, couvrant la nature d’un blanc et paisible duvet. En fin d’après-midi, ce jour-là, le ciel s’était enfin éclairci. Lorsque le soleil avait disparu à l’horizon, la température avait chuté avec lui. La nuit était glaciale. Un perfide petit vent s’échinait à se faufiler dans les moindres interstices des murs, des portes et des fenêtres. Tapis à l’intérieur d’une masure, sise dans un quartier modeste de la ville, deux amoureux s’en moquaient. Ils se réchauffaient de la présence l’un de l’autre. Continuer la lecture de « Une nuit d’hiver &rquo;

Le secret de la clairière

Assise sur le banc, près de l’entrée de la maison, la fillette battait tristement des pieds. C’était un bel après-midi. Le ciel était bleu et clair. Le soleil brillait. La température était douce. Amélia aurait aimé pouvoir en profiter. Elle avait tant espéré… Ces derniers jours, elle avait été malade et, fiévreuse, avait dû s’aliter. Une promesse d’Aimée lui avait permis de garder le sourire malgré l’épreuve. Dès qu’elle serait remise, elles iraient ensemble au pré, non loin, et elle lui apprendrait à tresser des fleurs pour en faire une parure. Ce matin encore, elle la lui faisait miroiter. Mais voilà, à peine le déjeuner avait-il été avalé qu’une amie frappait à la porte et l’invitait à venir s’amuser avec elle. Aimée était partie, sans un regard en arrière. Ce n’était pas grave. Les fleurs seraient toujours là demain. Non… Ce n’était pas si grave… Amélia avait l’habitude d’être seule. Elle se ferait une raison. Elle soupira. Le pré était si près… Juste assez pour la narguer. Seule, elle ne pouvait y aller. Continuer la lecture de « Le secret de la clairière &rquo;

Victoria et Yseult

Une douce brise faisait bruire la canopée. La forêt avait son chant, son souffle. La jeune fille avait appris à le connaître, à l’apprécier. Ici, elle se sentait vivante. Elle se sentait libre. Même si pour l’instant, furtive, elle se faufilait le plus discrètement possible vers un endroit bien précis. Elle l’avait découvert par hasard, lors d’une de ses errances. Elle était retournée y rôder depuis à plusieurs reprises. Elle y revenait toujours. Ce n’était toutefois pas pour l’accueil. Si la vieille la surprenait, elle passerait un mauvais quart d’heure. Elle marcha sur une brindille. Le bruit la fit grimacer. À trop réfléchir à ce qui pourrait lui arriver, elle n’était pas assez attentive. Elle finirait par… Continuer la lecture de « Victoria et Yseult &rquo;

Après l’ambition et la fortune, l’amour

Assise dans le salon, les mains sagement croisées sur ses genoux, la jeune fille soupira. Le regard perdu par la fenêtre, elle ne prêtait pas réellement attention au paysage. La grande demeure était calme, trop calme. Depuis que la rumeur de la faillite paternelle s’était avérée, ils ne recevaient plus guère de visiteurs. Ses amies étaient trop accaparées par leurs diverses activités pour venir la voir ou même la convier à prendre le thé. Ses connaissances la fuyaient pire encore et c’en était fini du flot ininterrompu de soupirants. Dans ces conditions, elle s’était réjouie lorsque ses deux sœurs aînées s’étaient fait annoncer pour le début de l’après-midi. Continuer la lecture de « Après l’ambition et la fortune, l’amour &rquo;

La cachette

La maison était calme et silencieuse, en ce bel après-midi d’été. Après le déjeuner, Hector Gadelle était retourné vaquer aux champs, en compagnie de ses deux fils. À cette heure, seul Thomas trottinait sur ses talons. Le petit Bertrand s’était fait un nid dans les herbes hautes où il s’était endormi pour sa sieste. À l’intérieur de la demeure, la chaleur était étouffante. Puisque ouvrir porte et fenêtres n’y avait rien fait, Claire s’était installée avec son ouvrage à l’ombre du grand chêne où elle pouvait profiter d’une brise rafraîchissante. Elle y discutait paisiblement avec Victoria. Près d’elles, Désirée dormait dans un panier, suçant son pouce en rêvant du sein maternel. Continuer la lecture de « La cachette &rquo;

La fuite

La tempête faisait rage. Le ciel plombé, aux alentours de midi, s’était obscurci. La nuit était tombée, volant à ce jour de fin novembre de courtes heures de luminosité. De violentes rafales de vent transperçaient le vieux manteau élimé de Marie. La pluie glaciale giflait son visage, s’infiltrait sous ses vêtements, coulant en rigoles le long de son dos. Elle était transie, épuisée. Continuer la lecture de « La fuite &rquo;

La voix de la Déesse

Elle courait. Éperdue, aveuglée par ses larmes, elle courait. Ces arbres qui avaient tout vu, tout entendu, n’étaient plus que des obstacles, témoins de sa déchéance. Elle courait. Elle fuyait.

À ce moment même, là-bas, près du mausolée de la famille ducale, se tenait la cérémonie mortuaire en l’honneur de l’héritier. Elle n’y avait pas été conviée. Pire, elle avait reçu l’interdiction formelle de s’y présenter. Louis de Balec n’était plus. Son monde à elle s’effondrait. Elle courait. Continuer la lecture de « La voix de la Déesse &rquo;