Action préventive

Mirabelle Bastarache n’aurait pu espérer mieux. Cet après-midi de juillet était particulièrement beau et chaud, avec juste une petite brise rafraîchissant ses convives. Pour tromper son ennui, elle organisait régulièrement de ces petites réceptions. Elle faisait installer le large auvent dans le jardin. Dans son ombre, elle supervisait la disposition judicieuse de chaises et guéridons, où elle faisait ensuite servir le thé et quelques douceurs. Par contre, elle n’invitait pas toujours sa jeune sœur, et pour cause… Le doux chant des oiseaux, le murmure du vent dans les arbres et la musique des voix joyeuses discutant furent perturbés par les hurlements de sa nièce d’un an et demi. Mais qui, par tous les Dieux, pourraient avoir l’idée d’amener un bébé à un thé mondain! Dissimulant un sourire dédaigneux derrière sa tasse, elle jeta un regard torve à sa benjamine. Continuer la lecture de « Action préventive »

Le cœur d’Aimée

Des regrets, des regrets et encore des regrets! Aimée s’y noyait, un sourire crispé aux lèvres. Autour d’elle, c’était la fête. Les gens dansaient, riaient. Ils s’amusaient, tandis qu’elle était prisonnière d’une situation qu’elle s’était elle-même créée.

Après des mois à rechercher leur compagnie, malgré leurs infectes manières hautaines, à rire de leurs mauvaises plaisanteries et à tout faire pour leur être agréable, elle avait su trouver grâce aux yeux de Charlotte Rouvier et d’Estelle Jonfleur. Elle ne se faisait pas d’idées. Elle était fille de paysan et, à ce titre, ne mériterait jamais d’être totalement admise dans leur cercle, mais c’était sans importance. Pour l’heure, elle les amusait. Elles l’avaient donc invitée à se joindre à elles et leurs amies, après le départ des enfants. C’était l’occasion tant espérée. Ce soir, « il » la verrait enfin. « Il » la remarquerait. Et ensuite… Son imagination fertile avait fait battre son cœur et colorer ses joues. Quelle sottise… Que d’espoirs déçus… Continuer la lecture de « Le cœur d’Aimée »

Un soir de festival

La soirée était belle et chaude. Dans le ciel clair, les étoiles brillaient tels des joyaux sur un velours sombre. Une douce brise rafraîchissante diffusait les parfums des corps en sueur, de la fumée des torches, des relents du buffet et des boissons l’ayant remplacé. La musique, la danse et le vin doux faisaient tourner la tête de la jeune fille. Elle avait enfin quinze ans! Au moment du départ des petits, Alice et elle frétillaient d’excitation. Elles n’avaient pas à rentrer! Leur père irait reconduire leur mère, leurs frères et leurs sœurs avant de revenir les chaperonner. Elles pourraient continuer à faire la fête, à danser et à s’amuser et elles n’allaient pas s’en priver. Continuer la lecture de « Un soir de festival »

Pour elle…

Les Dieux avaient entendu sa prière. Son père était à la maison. Lorsque la servante le lui avait confirmé, Paul s’était retenu de l’embrasser. C’était d’ailleurs préférable. Le précédent aurait été malheureux et plutôt embarrassant. Il lui suffisait d’imaginer la scène pour avoir envie de rire. Ce n’était pas le moment. Debout devant la porte du bureau paternel, il se tenait bien droit, un grand sourire niais aux lèvres et ses mains serrant nerveusement le précieux document roulé entre ses mains. Pour lui, pour ce qu’il pouvait lui permettre d’espérer, il serait allé retrouver son père n’importe où! Enfin, non, peut-être pas n’importe où. Interrompre un important rendez-vous, par exemple, ne l’aurait pas mis en bonne condition pour lui venir en aide et cette aide, il en avait besoin. Puis, il devait rejoindre Catherine, sa Catherine, à la clairière. Il ne voulait pas trop la faire attendre. Continuer la lecture de « Pour elle… »

La dernière lettre

La lettre avait été déposée au centre de la table. C’était un papier tout simple, de mauvaise qualité, froissé, abîmé, retapé, innocent et menaçant. Alice avait envie de le déchirer, de le détruire pour nier son existence ou de le prendre et de le serrer contre elle comme si ce dernier lien pouvait lui ramener la personne dont il était question. Elle voulait le fuir et ne pas s’en éloigner. Elle voulait… Elle voulait sa sœur. Ses yeux rougis et plein de larmes fixaient la missive et ne voyaient plus rien. Elle s’accrochait à sa fille, son adorable petite fille, blottie dans ses bras. Sa sœur était morte. Sa jumelle, son double, l’autre moitié d’elle-même, n’était plus. Elle n’avait pas pu la revoir une dernière fois. Elle n’avait pas pu lui parler d’Amélia. Elle n’avait pas pu… Continuer la lecture de « La dernière lettre »

La prophétie – Les trois premiers chapitres

Prologue

Le destin est une chose étrange. Certains y croient, d’autres non. Pour les uns, il s’agit d’une excuse facile afin de nier leurs responsabilités sur le cours qu’a pris leur vie. D’autres le remettent entre les mains des Dieux. Pour eux, leurs existences font partie d’un dessein plus vaste, qui les dépasse, et le bon comme le mauvais, tout a un sens, une raison d’être. Pourtant, peu importent nos croyances, depuis l’aube des temps, il est dans notre nature de chercher à contrôler cette insaisissable destinée. Continuer la lecture de « La prophétie – Les trois premiers chapitres »

Survivre

Le noir. Le néant. L’angoisse. L’odeur de fumée. Les ténèbres. Le vide. Des sons dans le silence. Des images dans l’obscurité. La jeune femme était perdue, égarée dans ce non-être. Elle y était bien. Elle y était mal. Elle luttait pour ne pas y demeurer. Elle craignait d’en sortir. Qui était-elle? Où était-elle? Elle était attendue. Elle était espérée. Quelque part. Peut-être… La peur. La douleur. La tristesse. Le feu! Continuer la lecture de « Survivre »

Une nuit d’hiver

Trois jours durant, il avait neigé. De lourds flocons étaient mollement tombés, couvrant la nature d’un blanc et paisible duvet. En fin d’après-midi, ce jour-là, le ciel s’était enfin éclairci. Lorsque le soleil avait disparu à l’horizon, la température avait chuté avec lui. La nuit était glaciale. Un perfide petit vent s’échinait à se faufiler dans les moindres interstices des murs, des portes et des fenêtres. Tapis à l’intérieur d’une masure, sise dans un quartier modeste de la ville, deux amoureux s’en moquaient. Ils se réchauffaient de la présence l’un de l’autre. Continuer la lecture de « Une nuit d’hiver »