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	<title>Bonus Archives - Lily Chagnon</title>
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	<description>L&#039;imaginaire d&#039;une auteure</description>
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	<title>Bonus Archives - Lily Chagnon</title>
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		<title>Nora (quatrième partie)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Lily Chagnon]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 29 Jan 2021 11:32:24 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Bonus]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>(Note de l’auteure&#160;: Les bonus sont des nouvelles que j’ai écrites après avoir terminé le tome auquel elles sont liées. Parfois, elles racontent des scènes que j’aurais aimé inclure dans le livre, mais je ne le pouvais pas. Parce que Catherine n’y était pas et qu’elle n’était pas nécessairement supposée le savoir. D’autres fois, elles [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><em>(Note de l’auteure&nbsp;: Les bonus sont des nouvelles que j’ai écrites après avoir terminé le tome auquel elles sont liées. Parfois, elles racontent des scènes que j’aurais aimé inclure dans le livre, mais je ne le pouvais pas. Parce que Catherine n’y était pas et qu’elle n’était pas nécessairement supposée le savoir. D’autres fois, elles jettent simplement un éclairage nouveau sur ce que l’on sait déjà. Dans tous les cas, ce dont elles parlent n’est plus censé être abordé dans les tomes suivants. Celle-ci fait exception. Pour des raisons chronologiques, il était bien que je l’écrive maintenant, mais elle contient des informations que Catherine n’apprendra pas avant un certain temps. À suivre…</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Vous pouvez retrouver ici les <a href="https://lilychagnon.net/2016/09/06/nora-premiere-partie/">première</a>, <a href="https://lilychagnon.net/2016/09/13/nora-deuxieme-partie/">seconde</a> et <a href="https://lilychagnon.net/2016/09/20/nora-troisieme-partie/">troisième</a> parties de cette nouvelle)</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Les derniers rayons du soleil couchant jetaient un éclairage peu flatteur sur leur destination, une demeure miteuse, sise dans une ruelle nauséabonde. Sa façade de pierres et de bois était grossière et hideuse. Les quelques fleurs devant les fenêtres étaient misérables dans leur pot en grès.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette vision affligeait Nora. Quoique, objectivement, ce n’était pas si terrible. Ce n’était pas un taudis. L’habitation semblait être de taille respectable et bien entretenue, pour ce qui semblait être un quartier d’ouvriers honnêtes. Elle cherchait à s’en convaincre, sans grand succès. C’était si loin de tout ce qui avait fait sa vie jusqu’à présent. Elle angoissait. Ce matin, en se réveillant, accablée par l’insupportable absence dans son lit, elle n’aurait jamais pu imaginer qu’au soir elle n’aurait plus rien. Qu’elle aurait renoncé à tout, tout abandonné. Que son seul avenir serait dans cette maison…</p>



<span id="more-1910"></span>



<p class="wp-block-paragraph">Elle était épuisée. Elle avait peur. Elle doutait. Elle voyait tout en noir… Deux bras l’enlacèrent et la serrèrent très fort.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Il est là… Il sera heureux de vous voir, tu verras.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Puisses-tu dire vrai.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ysbelle lui caressa la joue et lui sourit tendrement. Ce n’était pas une promesse creuse. La reine Sélène avait fait appel à une voyante. Elle avait voulu connaître l’accueil que recevrait sa prêtresse avant de lui offrir de s’exiler. Au-delà de ces quelques minutes, il n’y avait aucune certitude. Mais au moins avait-elle l’assurance que son conjoint serait présent pour elle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Le moment est venu de nous dire adieu. Une fois que vous aurez quitté le bouclier et la zone d’invisibilité, vous ne nous verrez plus, mais je vais attendre que vous soyez rentrés avant de nous ramener. Alors, s’il y a que ce soit…</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Ne pouvons-nous pas seulement nous dire au revoir?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ysbelle secoua la tête.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Tu vas me manquer. J’aimerais tant revenir, ne serait-ce que pour être certaine que tout va bien pour toi, mais… D’ici quelques jours, je ne serai plus rien.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Comme moi…</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Oh Nora! Ne dis pas cela! Toute ta vie, tu m’as enviée, je le sais bien! Aujourd’hui c’est à mon tour.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Je ne vois pas pourquoi.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Nos dons sont le reflet de ce que nous sommes au plus profond de notre être. J’ai besoin de bouger, d’action. Je brûle au fond de moi.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Elle leva la main et fit naître au creux de sa paume une flamme avec laquelle elle joua avant de l’éteindre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Je ne sais pas comment je vais faire…</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comment elle allait faire quoi? Nora la dévisagea et soudain écarquilla les yeux. Elle avait compris.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Tu aurais préféré aller te battre et mourir sur le front?</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Si cela avait pu sauver des vies plutôt que d’en condamner? Cent fois oui! Cela aurait été mieux que d’affronter ce qui m’attend. Nous allons être envahis. Je vais assister à des injustices. Je vais voir des gens dans le besoin. Et je serai impuissante. Je ne serai plus qu’une pauvre femme ordinaire, incapable de les aider, incapable de me préserver moi-même. Je n’ai de cesse d’y penser et j’enrage… Quand je ne désespère pas…</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Je connais cela…</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Non…</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ysbelle prit son visage entre ses mains et plongea son regard dans le sien.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Là où je suis le feu, toi tu es le calme paisible de l’eau.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Le murmure du vent…</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Si tu veux. Tu es la douceur, la patience et l’empathie. À ta manière, cela te rend très forte petite sœur. Tu n’as jamais voulu le comprendre. Tu t’es laissée aveugler par ce que tu n’avais pas. Qui sait, peut-être fais-je de même en ce moment. Parce qu’à mon sens, grâce à tes qualités, tu seras mieux armée que moi pour t’adapter à ce nouveau monde.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Cherches-tu à me réconforter?</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Je ne fais qu’exprimer le fond de ma pensée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Avec une douce caresse, elle la relâcha.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; J’ai un présent pour toi.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Elle prit un petit sachet à sa ceinture et le tendit à Nora. Celle-ci l’ouvrit et découvrit à l’intérieur un pendentif en forme de fleur suspendu à une délicate chaîne en or.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Un lys des neiges…</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Tu les as toujours aimés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Car lorsqu’ils fleurissent, c’est la promesse que le printemps arrivera sous peu.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; C’est aussi ce à quoi j’ai pensé. Je trouvais la symbolique appropriée. Je l’ai fait faire par Drìsaine. Elle est très douée. Et regarde, je lui ai demandé d’ajouter un petit quelque chose. Vois-tu cette minuscule rainure? Insère ton ongle juste là.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Nora suivit ses instructions. Le mécanisme était très discret et facile à activer pour ceux sachant le trouver. Tant qu’elle appuya sur ce point précis, du cœur de la fleur s’illumina l’emblème de la lignée royale d’Oealys.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Je sais, Nora, que tu conserveras en toi la même lumière, l’espoir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Y en a-t-il encore?</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Oui… L’Héritière!</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Qui ne viendra pas avant que nos cendres ne soient emportées par le temps et oubliées. Qu&rsquo;y puis-je!?</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; C’est la seconde partie de mon cadeau, le secret le mieux gardé de l’Oealys.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Il doit être très ennuyeux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Entre les différents dons des prêtresses, il était très difficile de cacher quoique ce fût. Tout ce qui avait un tant soit peu d’intérêt était rapidement révélé.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Tu vas être surprise. Il était réservé aux reines, à leur chœur unifié et à leur garde rapprochée. J’en ai été informée lorsque j’ai rejoint l’entourage de Simaël. La voyante chargée de la sécurité de la famille royale avait aussi la tâche de s’assurer que toutes celles qui l’auraient appris par leur propre moyen se tairaient.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Je ne comprends pas. Pourquoi m’en parles-tu dans ce cas? Comment peux-tu le faire?!</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Parce qu’il te concerne. Il faut que tu le saches, le potentiel d’être une prêtresse est en nous et nous le transmettons à nos descendants.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Nora ricana et leva les yeux au ciel.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Je ne l’aurais jamais deviné! Voyons, tu ne m’apprends rien. Notre mère, nos filles… Notre enfance… Je ne suis pas sotte.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Non, tu ne saisis pas. Les Pieuses n’accèdent pas à l’initiation par hasard. Officiellement, nous testons leur foi et leur volonté. Officieusement, il y a toujours parmi les prêtresses qui les évaluent une qui sache voir leur ascendance. À l’exception de circonstances particulières, elles provenaient toutes, depuis des siècles, de la lignée brisée de l’une d’entre nous.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ysbelle tourna son regard vers ses neveux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Des descendantes d’une lignée mâle?</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Il est extrême rare qu’une novice refuse de passer sous le regard de la Déesse. C’est une lâcheté très mal vue qui revient à se condamner à une vie de paria. Oui, les filles de nos fils peuvent également avoir cela en elles.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; C’est énorme! Pourquoi l’avoir caché?! Réalises-tu ce que nous aurions pu faire si nous avions été plus nombreuses? Nous aurions pu… sauver notre monde!</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Pas sans exterminer le peuple des hommes, ils ne renonceront jamais. Et pas sans créer d’abord une hécatombe. Ne crois-tu pas que nous l’avons envisagé? La transmission par les hommes est aléatoire. La fille de Danis pourrait ou non en être porteuse. Chaque génération mâle qui sépare la prêtresse de sa descendante augmente ses risques de mourir. Le taux de mortalité des Pieuses est plus faible que celui de celles qui n’auraient pas cet atout, mais tu sais aussi bien que moi qu’il n’est pas négligeable. Si ce secret avait été connu, il aurait attiré beaucoup trop d’inconscientes qui seraient venues périr sur l’autel de leur ambition. En le dissimulant, la porte ne restait ouverte que pour celles ayant la vocation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Je comprends… Et donc… Une ligne brisée purement féminine…</p>



<p class="wp-block-paragraph">Nora n’osait terminer sa phrase.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Demeurerait intacte, oui. Tu es unique. Après avoir renoncé à nos dons, nous allons disparaître, nous fondre dans la masse. D’une part, pour éviter d’être victime de répression ou que nos proches le soient. D’une autre, pour qu’on ne puisse nous forcer à dévoiler où sera cachée la reine. Tu ne pourras pas faire de même. C’est de notoriété publique que Mikas a épousé une prêtresse. Ton statut particulier devrait te protéger. Si ça ne suffit pas, rends-toi utile, dire leur tout ce qu’ils voudront savoir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Je ne vais pas trahir!</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Tu ne le pourras pas. Nous t’avons fait partir avant de mettre en place toutes ces mesures dont tu ne sais rien. Cela n’aura plus d’importance. Tes paroles ne pourront plus nous nuire. Ta priorité sera de prendre soin de toi. Ne pense plus qu’à toi et à tes enfants. C’est une opportunité dont tu devras te servir. Toi seule pourras enseigner à tes filles et à tes petites-filles ce que je viens de t’apprendre. Toi seule seras libre de&nbsp;partager avec elles ton passé et de préserver le souvenir de notre héritage, pendant que nous nous ferons oublier. Comprends-tu? Jamais mes petites-filles ne sauront qui j’étais, ce dont j’étais capable. La seule version de l’Oealys qu’elles auront sera celle de nos envahisseurs.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; L’espoir d’une nouvelle chance… C’était à prendre au sens littéral..?</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Pour toi, oui, il peut l’être. Pour nous, il relève de la foi. Les temps à venir nous échappent. Quand adviendra le jour où l’Héritière royale boira à la source, si tel est le bon vouloir de la Déesse, elle guidera nos lignées pour qu’elles reprennent leur place au Sanctuaire. Nous prierons pour cela. Toi, tu peux faire en sorte que ton héritière aille réclamer son droit par le sang. Voilà le présent que je te fais, ma chère sœur. Ce lys sera un souvenir et une preuve pour combattre les doutes quand la mémoire faiblira à travers les âges et ainsi te permettre de réaliser ton plus grand vœu.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À dix-sept ans, Nora n’avait pas envisagé que sa foi puisse être mise en doute, qu’elle pût être rejetée. Si ce n’avait été que d’elle, elle aurait hésité à être initiée simplement parce que ses dons ne lui semblaient pas en valoir la peine. Toutefois, cela s’était présenté comme une évidence pour les filles qu’elle aurait, pour sa descendance, pour ne pas leur dénier leur droit de servir le peuple en tant que prêtresses. Pour ne pas briser la lignée de manière irréparable. Ysbelle la connaissait trop bien pour l’avoir ignoré. Elle savait l’importance que cela revêtait pour elle et lui avait rendu cette part d’elle-même qu’elle avait tuée quelques heures plus tôt. Elle avait allumé un brasier d’espoir brûlant en elle, lui avait donné un but.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La maison ne semblait plus si miteuse. Elle paraissait même presque jolie quand Mikas apparut dans l’encadrement de la porte et qu’au comble de la joie, il ouvrit les bras pour accueillir sa famille.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>À suivre…</em></p>
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		<title>Retour au bercail</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Lily Chagnon]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 21 Jan 2020 10:56:23 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Bonus]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Il était rentré, des projets et des rêves plein la tête. Ils ne ressemblaient plus tout à fait à ce qu’ils étaient lorsqu’il était parti. Et alors? Paul était heureux en franchissant le seuil de la maison de ses parents. Il avait hâte de leur parler, de leur annoncer sa décision. &#8211; Maman? Papa? Aucune [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Il était rentré, des projets et des rêves plein la tête. Ils
ne ressemblaient plus tout à fait à ce qu’ils étaient lorsqu’il était parti. Et
alors? Paul était heureux en franchissant le seuil de la maison de ses parents.
Il avait hâte de leur parler, de leur annoncer sa décision.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Maman? Papa?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Aucune réponse. À cette heure de la journée, son père était
susceptible de s’être absenté pour affaire. Sa mère, toutefois, était plus
rarement absente. Il n’y avait pas de quoi s’inquiéter. Il irait déposer son sac
dans sa chambre, puis il se mettrait à leur recherche. À peine sorti du hall,
il croisa l’une des domestiques.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Monsieur Paul! Vous êtes enfin rentré!</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; À l’instant! Mes parents sont-ils là?</p>



<span id="more-1667"></span>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Monsieur et Madame sont allés déjeuner avec un partenaire
commercial de Monsieur. Ils ne devraient plus tarder.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Très bien, je vais me débarbouiller en les attendant. Pourriez-vous
me préparer une collation? Je n’ai pas eu le temps de manger ce midi.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Ce sera avec plaisir, Monsieur.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Installé à une table de la cuisine, Paul dégustait le pain,
la viande, le fromage et les fruits qui lui avaient été servis. Manger dans
cette pièce était un rappel de son enfance, de son innocence. Quand, tout
petit, il venait faire les yeux doux à la cuisinière pour un gâteau ou des
friandises. Il sourit en y songeant. C’était loin, c’était il y avait
longtemps, et en partant aujourd’hui, il tournerait définitivement la page de
cette partie de sa vie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Du bruit, des voix, lui parvint d’ailleurs dans la maison.
Peu après, Hugues Coulombe et son épouse surgirent dans la cuisine. L’un poussa
un soupir de soulagement. L’autre se jeta dans les bras de son fils.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Tu es enfin revenu! Nous nous sommes tellement inquiétés.
Comment se porte Catherine?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Madame Coulombe affichait une expression soucieuse. Son ton
était compatissant.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Elle va très bien.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Vraiment?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce n’était pas rassurant. Quel genre de jeunes filles
surmonterait si facilement la perte d’une parente proche à laquelle elle se
disait attachée? Ou alors, il s’était passé quelque chose. Ils n’étaient
peut-être plus ensemble et Paul se dissociait de son malheur. Ce n’était
pourtant pas son genre de faire preuve d’une telle indifférence.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Nous avons réussi!</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Comment?!</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’air interloqué de son père amusa Paul.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Nous ne vous avions pas tout dit.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le secret avait été nécessaire pour préserver Catherine, pour lui offrir l’espoir de reprendre à son retour sa vie là où elle l’avait laissé. Cet espoir était mort à Arane. Maintenant, il pouvait parler. Il pouvait tout leur raconter, en omettant sa filiation paternelle. Il pouvait se confier à eux, et il en était ravi. Il leur parla du Sanctuaire, de l’initiation, de ce dont Catherine était capable. Il y aurait encore eu tant à dire. Comment tout cela avait commencé, ce qu’il avait ressenti, les craintes qu’il avait eues. Il n’en eut pas l’occasion.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Quelle histoire! Fort heureusement, c’est terminé. Dès
demain, tu iras te présenter à ton maître et nous pourrons mettre tout cela
dernière nous.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Hugues faisait montre d’une froide résignation, tandis que
son épouse, les mains couvrant sa bouche, s’efforçait de ne pas pleurer.
Aujourd’hui encore, elle discutait du mariage de son benjamin. Elle en était si
fière! Certes, la fiancée n’était pas issue des meilleurs cercles, mais elle
était tout à fait comme il faut. Le pensait-elle… Une sorcière. Celle dont elle
avait vanté les mérites, qui devait faire le bonheur de son fils était une
sorcière! Tout s’effondrait et sa fierté autant que son cœur en était brisée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Non, père.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Je ne te demandais pas ton avis! M’aurais-tu dit la vérité
plus tôt, je t’aurais empêché de les accompagner. Ce qui est fait est fait,
hélas. Tu t’es suffisamment compromis comme cela. Je ne te laisserai pas gâcher
ta vie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Paul secoua la tête.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Je vais la rejoindre. Je vais emménager au Sanctuaire avec
elle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Aurais-tu perdu la tête? Je te l’interdis!</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; J’irai…</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; À Redoussa et pas ailleurs, c’est un ordre!</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il avait prévu de s’y rendre plus tard, ou du moins, de
trouver un moyen de contacter son maître. Il n’était ni sot ni ingrat. Il avait
fait tellement d’efforts au cours de ses années d’apprentissage. Il ne
renoncerait pas à en recueillir les fruits alors qu’elles aboutissaient. L’expliquer
à son père était peine perdue. Il ne lui laissait pas placer un mot.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Ma décision est prise.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Cette catin t’a envoûté! Ne le vois-tu pas?</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Ne parle pas d’elle ainsi!</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Ouvre les yeux! C’est une sorcière lubrique et
malfaisante. Elle cherche à t’attirer dans ses filets et à détruire ton avenir.
Je ne le permettrai pas!</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les poings serrés, furieux, Paul se leva. Son père ne l’avait pas écouté. Qu’avait-il retenu de ces propos? Si ce n’était ce qui satisfaisait sa vision nouvelle de la nature de Catherine…</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Je me passerai de ta permission.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Oh non, fils! Si tu cours la rejoindre, n’espère plus
revenir ici.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Alors c’est ainsi?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Glacial et hors de lui, Hugues planta son regard dans celui
de son dernier-né.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Oui. C’est elle ou nous. Si tu la choisis, je te coupe les
vivres. Je te renie. Je te déshérite. Tu ne seras plus mon fils!</p>



<p class="wp-block-paragraph">D’un geste brusque, Paul attrapa le bagage qu’il avait
préparé en prévision de son aménagement au Sanctuaire, déposé près de la porte.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Adieu père.</p>
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		<title>En attendant le printemps</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Lily Chagnon]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 06 Jul 2017 21:17:34 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Ironique en cette saison, les journées paraissaient longues et interminables à Paul. Il n’y avait plus de travail dans les jardins. De retour chez son maître, il l’assistait. Il apprenait aux plus jeunes apprentis les rudiments de base, la théorie et l’art de faire semis et boutures dans une serre chauffée. Trop souvent, il s’asseyait [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Ironique en cette saison, les journées paraissaient longues et interminables à Paul. Il n’y avait plus de travail dans les jardins. De retour chez son maître, il l’assistait. Il apprenait aux plus jeunes apprentis les rudiments de base, la théorie et l’art de faire semis et boutures dans une serre chauffée. Trop souvent, il s’asseyait à la fenêtre et regardait les flocons de neige tomber, tel les grains d’un sablier géant mesurant le temps.<span id="more-774"></span></p>
<p>Les distractions étaient rares à Redoussa. Ce n’était après tout qu’un petit village, s’articulant autour d’un temple, de quelques marchands et d’une minuscule auberge. Un jour, Léon Cotaux lui avait avoué, en riant, être venu s’y établir pour cette raison. Dans une grande ville, la discipline aurait été difficile à maintenir, les apprentis plus facilement dissipés, et la vie à proximité de la cour royale s’avérerait être compliquée et pesante. C’était certainement vrai. Paul le croyait sur parole. Cela étant dit, cette bourgade n’avait guère de dérivatif à son insupportable attente à lui offrir.</p>
<p>La fin de l’année se profila. La fête du solstice d’hiver arrivait à grand pas. Ce fut avec plaisir et soulagement que le jeune homme rentra chez son père, à Grimstone. Il ne la verrait pas. Y songer lui faisait mal. C’était une douleur poignante, lancinante, en son cœur. Mais, il retrouverait ses amis. Passer une soirée ou deux en bonne compagnie l’aiderait sûrement à oublier l’espace de quelques heures le vide que son absence laissait dans sa vie.</p>
<p>Dès le lendemain soir, il poussait la porte d&rsquo;une taverne. La nouvelle de son retour s’était répandue. Ses plus proches amis avaient organisé une petite fête en son honneur. Pour ce faire, ils avaient réservé un salon privé dans cet établissement. Il y fut chaudement accueilli par des bourrades amicales et des plaisanteries. Le vin coulait à flots, les rires fusaient. Très vite, il se retrouva poussé vers siège, une coupe entre les mains. C’était bon d’être là, avec eux, de se détendre. Ils voulaient tout savoir de ses dernières frasques et anecdotes humoristiques. Il accepta de bon gré, leur narrant les maladresses d’un nouvel apprenti, plus drôles les unes que les autres.</p>
<p>Entre deux gorgées de vin, deux histoires, une jolie jeune fille à la vertu complaisante vint s’inviter sur ses genoux. Paul se raidit et déglutit. Elle était belle et subtilement aguicheuse. Quelques mois plus tôt, elle aurait été le complément idéal pour passer un bon moment. Elle n’aurait rien signifié. Il l’aurait vite oubliée. S’il se laissait aller, il l’oublierait. Mais en plongeant son regard dans le sien, il en voyait un autre. De si beaux yeux verts… Ils trahissaient les émotions de leur propriétaire. Ils pouvaient être furieux, rieurs, boudeurs, durs. Ils étaient doux lorsqu’ils se posaient sur Amélia et ils s’illuminaient de cette étincelle, juste pour lui, lorsqu’elle le regardait. Catherine… Il lui avait promis. Elle avait confiance en lui. Bien sûr, elle n’en saurait jamais rien. Son don à lire dans ses pensées ne lui servirait de rien, puisqu’il ne songerait plus jamais à cette fille. Mais lui le saurait et ce serait déjà trop. Elle pouvait nier, le repousser, il ne lui était pas indifférent. Il en avait la certitude. Quel homme serait-il, s’il était incapable de l’attendre autrement que dans les bras d’une autre? Il ne serait pas digne d’elle.</p>
<p>Il se racla la gorge et doucement repoussa la fille, Julia ou Diane… Peu importait. Il se leva et déposa son verre sur une table basse. Il avait perdu toute envie de s’amuser. Catherine lui manquait soudain affreusement. Il avait besoin de la voir, de la serrer dans ses bras, de faire semblant que… D&rsquo;espérer qu’un jour prochain elle y viendrait en lui rendant ses sentiments.</p>
<p>&#8211; Je suis navré, je dois partir.</p>
<p>&#8211; Quoi? Déjà?</p>
<p>Pierre se jeta sur lui et le retint par le bras.</p>
<p>&#8211; Il est encore tôt, tu ne peux pas déjà t’en aller!</p>
<p>Si seulement il savait. Il avait soupiré pour Catherine lors du festival. Elle ne l’avait même pas remarqué. Elle avait dansé avec lui sans même retenir son prénom. Que ferait-il à sa place? Aucune chance… Frivole incurable comme il était, jamais il n’aurait pu y être. Quoique… Ne disait-on pas la même chose de lui.</p>
<p>&#8211; Je suis fatigué</p>
<p>Et peu crédible. Pierre grimaça face à ce mensonge éhonté. Paul se pencha à son oreille et murmura.</p>
<p>&#8211; Mon cœur est pris…</p>
<p>Cette fois son ami avait compris. C’était une soirée de légère et joyeuse débauche, comme ils en avaient eu tant d&rsquo;autres. Le genre de petites réunions ayant aidé à forger leur mauvaise réputation. S’il disait vrai, il ne pouvait s’y sentir à l’aise. Pierre hocha la tête et resserra sa poigne. Paul comprit le message. Il se dégagea néanmoins et s’en fut après de bref au revoir. Il avait pris un risque, un risque dangereux. Il avait attisé la curiosité de son ami. Désormais, il voudrait tout savoir, il ne lâcherait pas prise, et lui ne pourrait rien lui dire. Ça en valait la peine. Aussi pénibles les semaines à venir s’annonçaient-elles, le printemps reviendrait. Il la retrouverait. Quand il se tiendrait devant elle, il voulait le faire le cœur léger, l’âme en liesse, sans remords ni regret.</p>
<p>Tout bas, dans un souffle inaudible, il murmura à la bise.</p>
<p>&#8211; Je t’aime Catherine.</p>
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		<title>Le mariage de l&#8217;intendant</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Lily Chagnon]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 29 Apr 2017 07:33:03 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>L’événement était d’importance. Le village entier avait été convié à la cérémonie. Les places assises étaient insuffisantes. Nombre de personnes se tenaient debout à l’arrière ou le long des murs. Tous regardaient dans la même direction. Ils contemplaient la jeune fiancée remontant l’allée au bras de son père, radieuse. Un seul homme se distinguait. Celui-là [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>L’événement était d’importance. Le village entier avait été convié à la cérémonie. Les places assises étaient insuffisantes. Nombre de personnes se tenaient debout à l’arrière ou le long des murs. Tous regardaient dans la même direction. Ils contemplaient la jeune fiancée remontant l’allée au bras de son père, radieuse. Un seul homme se distinguait. Celui-là même vers qui elle se dirigeait. Ses yeux à lui fixaient une autre jeune femme à la chevelure d’un blond doré, perdue au milieu de la foule, Marie.<span id="more-623"></span></p>
<p>Alphonse Rouget se rappelait sans mal ce jour maudit où il l’avait aperçue, la première fois. Une douce brise rafraîchissait une lumineuse et chaude journée d’été. Les rayons du soleil jouaient dans cheveux sagement noués en chignon. Elle portait une modeste robe de la couleur des blés mûrs. Son visage s’éclairait d’un léger sourire et elle avait baissé ses beaux grands yeux verts avec humilité. Il s’était imaginé s’avancer vers elle, se présenter et lui baiser la main. Elle aurait rougi. Elle aurait été charmée. Il aurait dû lui relever le menton d’un doigt pour plonger son regard dans le sien. Mais à ce moment, la sorcière s’était avancée vers elle et lui avait remis un nourrisson, son enfant. Il avait aperçu une alliance à son doigt et avait ressenti une telle rage! Quel homme avait osé la lui prendre, la souiller, avant même qu’il ne l’eût rencontré! Il avait tourné les talons et était parti.</p>
<p>Il avait consacré les années suivantes à se préparer à prendre la succession de son père et à bien se faire voir auprès du baron de Bisalin. Son but inavoué était de s’emparer du titre d’intendant avant ses trente ans. Perdu dans les livres de compte et à faire des courbettes, il se mêlait peu à la vie du village. Certains ragots lui parvenaient, mais encore fallait-il être en mesure de mettre un visage sur les noms. Il lui fallut donc longtemps pour comprendre son erreur. Marie Dubois n’était pas mariée. Elle était veuve. Dès ce jour, il se fit la promesse qu’elle serait à lui.</p>
<p>Il mit toutes les chances de son côté. Il attendit d’avoir évincé son père et d’être bien installé dans ses nouvelles fonctions avant de l’approcher. Comment pourrait-elle refuser un homme aussi important que lui? De fait, ses avances furent bien reçues. Il put caresser du bout des doigts son visage, goûter à de chastes baisers sur ses lèvres. Il avait rêvé de plus, du jour où elle serait entièrement à lui. Elle serait la femme parfaite, timide, douce, soumise et si belle à son bras. Évidemment, il se débarrasserait de la gamine. Il ne voulait pas avoir sous son toit la preuve qu’un autre l’avait touché. Il la laisserait à la veuve Saurier. Elle saurait bien s’en charger. Quant à Marie, il se faisait fort de lui donner très vite d’autres enfants pour la consoler. Il avait tout pour lui, puis tout s’était effondré. Du jour au lendemain, elle avait rompu toutes relations avec lui, sans raison valable.</p>
<p>Sa mâchoire se crispa brièvement. Il avait déjà acheté une bague. Les rumeurs se répandaient qu’il allait se marier. Blessé dans son orgueil, il n’allait pas de surcroît perdre la face! Il s’était rabattu sur cet ersatz qui s’avançait vers lui. Sa blondeur n’avait pas la chaleur de celle de Marie. Elle n’avait pas sa beauté, ni ses yeux, ni… rien… Elle avait juste assez de points communs pour la lui rappeler et être une écharde enfoncée dans son cœur. Elle subirait sa rancœur et son amertume, tant pis. Il s’en moquait. Elle y avait déjà eu droit et avait réagi en se culpabilisant de ne pas être à la hauteur et en s’efforçant d’en faire davantage. En cela, elle était idéale.</p>
<p>Il étira un faux sourire sur lèvre pour accueillir sa future femme. Avant de se retourner avec elle pour faire face au père Ambroise, il vit du coin de l’œil un homme observer Marie avec convoitise. Était-ce lui? Était-ce pour lui qu’elle l’avait laissé? Elle était à lui et à personne d’autre! Pendant un temps, il avait fantasmé. Elle regretterait sa décision. Elle viendrait ramper à ses pieds, le supplier de la reprendre. Il lui donnerait de l’espoir. Un espoir qu’il n’avait pas l’intention d’honorer. Il la prendrait. Il se vengerait en faisant d’elle sa catin. Il ne romprait pas ses fiançailles. Elle se verrait forcé d’assister à son union, en larmes, sachant qu’elle aurait dû être la mariée, mais qu’elle serait à jamais la maîtresse. De nouveau, il aurait tout, sa position, sa fierté, son orgueil et elle, surtout elle. En aucun cas n’aurait-elle dû être sereine un tel jour! Elle l’avait trompé. Elle s’était entichée d’un autre. Eh bien, elle le paierait. S’il ne pouvait l’avoir, personne ne l’aurait. Il y veillerait. En écoutant le père Ambroise officier, il se dit qu’il ne laisserait personne s’y opposer non plus.</p>
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		<title>Un refuge pour l&#8217;hiver</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Lily Chagnon]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 30 Mar 2017 07:41:20 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Au cours des derniers jours, des touches de rouge, d’orange et d’ocre avaient commencé à tacheter les vertes frondaisons. Un avertissement que démentait l’agréable tiédeur des journées. Paul avait vu une petite lueur s’éteindre dans le regard de Catherine, son cœur se briser, en suivant des yeux la lente chute d’une feuille vers le sol. [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Au cours des derniers jours, des touches de rouge, d’orange et d’ocre avaient commencé à tacheter les vertes frondaisons. Un avertissement que démentait l’agréable tiédeur des journées. Paul avait vu une petite lueur s’éteindre dans le regard de Catherine, son cœur se briser, en suivant des yeux la lente chute d’une feuille vers le sol. Le sien s’était serré en écho. Leur temps était compté. L’hiver cruel et menaçant arriverait bientôt pour les séparer.<span id="more-504"></span></p>
<p>L’année précédente, il avait tourné et ragé durant des mois, tel un fauve en cage. Cent fois, il était sorti et avait pris la direction de la ferme des Gadelle. Il aurait frappé à leur porte, se serait présenté et aurait demandé à voir Catherine, demandé l’autorisation de la courtiser. Son joli rêve s’arrêtait là. Comment justifierait-il sa présence? Comment expliquerait-il l’avoir remarqué suffisamment pour faire cette démarche? Si ce n’avait été que de lui, il aurait osé, se serait battu et aurait assumé. Seulement, il lui avait suffi de concevoir la peine, la déception et le sentiment de trahison qui se serait peint sur son visage et avait sitôt fait demi-tour. Sa confiance lui était trop précieuse, il ne la risquerait pas. Et tout ça, c’était avant, avant de l’entendre dire des mots si doux, avant d’avoir goûté ses lèvres, de l’avoir serrée dans ses bras, d’avoir respiré son parfum. Maintenant, il ne le supporterait pas.</p>
<p>La solution était simple. Il n’avait même pas eu à y réfléchir. Sa mise en application, par contre, était une tout autre histoire. Pour cette raison, Il s’était résolu à en faire une surprise. Ainsi, outre le côté agréable de la chose, s’il échouait, il lui aurait épargné de faux espoirs.</p>
<p>Il s’était empressé de réunir le matériel. Le trouver ou l’acheter avait été la partie facile. Devoir le transporter jusqu’à l’emplacement choisi, sans se faire remarquer, avait été autrement plus difficile. Ces paysans avaient la mauvaise habitude d’être levés aux aurores! Il avait dû s’y prendre à plusieurs fois et faire de grands détours par la forêt afin d’y arriver. Par la suite, il lui avait encore fallu se libérer du temps. Hors de question de laisser de possibles intempéries gâcher son travail, un minimum devait être fait en une seule fois. Quand il y aurait un toit, que l’ensemble serait protégé, il pourrait se permettre de glaner des heures de-ci de-là pour peaufiner les détails. Il s’était éreinté dans les jardins du château. En commençant plus tôt et en terminant tard, il avait réussi à se dégager une journée de liberté. Enfin, pas tout à fait, mais il se débrouillerait pour rattraper son retard.</p>
<p>En début de matinée, ce jour-là, il s’était faufilé en douce jusqu’à cette minuscule trouée entre les arbres, trop petite pour se mériter le qualitatif de clairière. Après avoir dégagé la zone des roches, branches cassées et autres débris, il avait saisi sa pelle et commencé à creuser. D’un côté, il fit un gros tas de terre, de l’autre, il aligna la végétation qu’il avait préservée en prenant bien soin de ses racines. Deux heures plus tard, il terminait de dessiner un grand cercle d’une profondeur d’environ quarante centimètres. À intervalle régulier sur son pourtour, il creusa d’autres trous où il enfonça des poteaux de bois. Ceci fait, il se servit d’une planche pour bien tasser ce qui ferait office de plancher.</p>
<p>Avec un grand sourire satisfait, il prit sa besace et se dirigea vers l’orée de la forêt. Il prit place dans son ombre, bien dissimulé, et attendit, adossé à un arbre, en mangeant son déjeuner. La journée était belle. Le soleil brillait dans un ciel sans nuage. Elles ne tarderaient plus. Il avala sa dernière bouchée de pain et de fromage et essuya vaguement les miettes. Il but une grande gorgée d’eau à sa gourde et la rangea. Il en aurait encore besoin au cours de l’après-midi. Au loin, il aperçut du mouvement. Deux silhouettes s’affairaient près de la maison. Amélia monta dans sa carriole, Catherine s’y attela et elles partirent.</p>
<p>&#8211; Amuse-toi bien, mon amour.</p>
<p>Ce n’était qu’un murmure, un vœu porté par le vent. Son cœur, tout son être, était tant tourné vers elle qu’il fut à la fois surpris, déçu et soulagé de ne pas la voir se retourner. Ce n’était pas le moment de se trahir. Il les regarda disparaître et retourna sur le chantier.</p>
<p>Il coupa, cloua, se tapa sur les doigts et la structure prit forme. Cela ressemblait à une cloche grossière avec une ouverture pour la cheminée, deux pour les fenêtres et une pour la porte. Ce n’était ni élégant, ni très esthétique, mais ce serait solide et c’était encore là le plus important. Il obstrua temporairement porte, fenêtres et conduit, il s’en occuperait un autre jour. Pour l’heure, il allait recouvrir le toit et les murs de toiles huilés pour les imperméabiliser et recouvrir le tout de terre. Des végétaux termineraient le camouflage.</p>
<p>Avant de s’y mettre, il retourna s’accroupir, caché, à la lisière du bois. C’était l’heure, elles revenaient. Il vit Amélia gesticuler, assise dans sa carriole. Catherine se retourna et la regarda par-dessus son épaule. Il entendit leur éclat de rire. Ou était-ce une illusion? Il se retint de courir vers elle pour lui voler un baiser. Il en avait tant envie. La voir ainsi était à la fois trop et pas assez. Bientôt. Bientôt, il la retrouverait et rien ne les séparerait. Il n’avait pas chômé en construisant cette cabane. Pourtant, en songeant au refuge qu’elle serait au cœur de la froidure de l’hiver, il ne ressentait plus aucune fatigue. Ça lui reviendrait certainement. Il avait encore à faire avant le coucher du soleil!</p>
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		<title>Une longue nuit</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Lily Chagnon]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 14 Feb 2017 10:18:36 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Le crépitement du feu troublait les légers bruits nocturnes de la forêt. L’odeur de la fumée se mélangeait à celle de la terre humide et de la végétation. Un nuage passa paresseusement devant la lune. Le ciel était piqueté d’étoiles. Le regard d’Alice se perdait dans cet infini, les yeux brûlant d’avoir trop pleurer. Son [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Le crépitement du feu troublait les légers bruits nocturnes de la forêt. L’odeur de la fumée se mélangeait à celle de la terre humide et de la végétation. Un nuage passa paresseusement devant la lune. Le ciel était piqueté d’étoiles. Le regard d’Alice se perdait dans cet infini, les yeux brûlant d’avoir trop pleurer. Son cœur était pris dans un étau. Elle avait mal, si mal. Elle serrait contre elle ses bras, vide de ce petit être qu’elle avait porté, de cette petite fille qui avait grandi, envers et contre tout. Son enfant lui avait été enlevé, arraché. Elle n’avait pas réussi à la secourir. Elle l’avait perdue…<span id="more-228"></span></p>
<p>Un petit gémissement provint de l’autre côté du feu. Catherine dormait, blottie dans les bras de Paul, son « fiancé ». Elle l’avait appelé maman, pour la première fois. Jusqu’alors, ce n’avait été que par erreur. Chaque fois avait été douloureuse, bien qu’elle s’était efforcé de ne pas le lui montrer. Ce n’était pas tant parce qu’elle refusait ce qu’elle lui offrait. Non… Alice la comprenait. La jeune fille en avait le droit. Seulement, ça lui rappelait qui elle n’était pas et surtout, qui n’était pas là. Marie… Elle aurait été si fière de sa fille… non… de « leur » fille.</p>
<p>Se sentant observé, Paul leva la tête et la regarda.</p>
<p>&#8211; Pourquoi lui as-tu fait cela?</p>
<p>Devant son air d’incompréhension, elle poursuivit.</p>
<p>&#8211; Tu n’es pas niais. Tu ne pouvais ignorer mettre sa réputation en danger, en agissant comme tu l’as fait. T’en serais-tu moqué?</p>
<p>&#8211; Pourquoi les avais-tu autorisées à se balader en forêt?</p>
<p>&#8211; Ne détourne pas le sujet.</p>
<p>Ils se défièrent en silence quelques secondes puis, le jeune homme céda. Sur ses lèvres s’étira un léger sourire pensif.</p>
<p>&#8211; Je la revois… Elle était assise sur l’herbe, un de ses bras autour de ses genoux. De son autre main, elle dissimulait partiellement ses lèvres. Elle riait. Son visage, lumineux, était caressé par les chauds rayons du soleil. Elle avait fermé les yeux et elle riait. Elle était si belle. J’avais eu une folle envie de m’asseoir près d’elle et de lui demander ce qu’il y avait de si amusant. Je l’aurais trouvé drôle, même si ça ne devait pas l’être, juste pour être là et rire avec elle. Je ne pouvais pas. Je devais faire mon travail. Ça m’a déplu de l’effrayer. J’aurais voulu la réconforter. Au lieu de ça, je l’ai laissé partir. Je ne lui ai jamais menti. Je n’oserais pas, ce serait trop dangereux, j’aurais beaucoup trop à perdre. Mais, je ne lui ai pas tout dit. Elle m’avait fascinée, sur la grande place, lors de la visite des gitans. Après ce jour, dans les jardins, elle m’obsédait. J’aurais fait n’importe quoi pour la revoir…</p>
<p>Il ricana.</p>
<p>&#8211; Et je l’ai plus ou moins fait. Pour être présent au festival, j’ai fait tourner mon maître en bourrique. J’ai fait un gros caprice. Tout cela pour… tout gâcher… Elle était dans mes bras, je la voulais et…</p>
<p>Il grimaça.</p>
<p>&#8211; Ce n’est peut-être pas le genre de détails à raconter à une mère.</p>
<p>Elle répondit sèchement.</p>
<p>&#8211; Tu m’en diras tant! C’est bon, je vois le tableau. Il te donne au moins le mérite d’être franc.</p>
<p>&#8211; Je regrette comment j’ai agi ce soir-là et elle le sait. Catherine pardonne, mais n’oublie pas. Son défi m’amusait. Je me suis prêté au jeu. Je pensais… J’avais dans l’idée d’aller dès le lendemain cogner à votre porte et vous faire savoir mes intentions, honnêtes, de la courtiser. Quitte à devoir me battre pour vous convaincre. Cependant, je ne m’étais pas attendu à l’accueil que j’ai reçu. Moi qui n’avais pas compris comment elle m’avait échappé, pour une fois qu’une jeune fille comptait vraiment pour moi, voilà qu’elle me rejetait! Si je n’avais pas vu tous ces petits signes me laissant à penser que je lui plaisais, j’aurais peut-être abandonné… ou peut-être pas… J’ai eu du mal à l’approcher, à lui faire comprendre que je n’allais pas disparaître. Ensuite… eh bien… le temps avait passé et c’était plus délicat de vous rendre visite, pour elle bien plus que pour moi. Il aurait suffi d’un mot, un seul de sa part, et j’y serais allé. Elle n’est pas mon secret honteux, loin de là. Bien des fois, j’aurais eu envie de crier sur les toits mon bonheur d’être aimé d’elle. Tu veux me faire des reproches? Vas-y! Mais, je ne m’excuserai pas. Je l’aime plus que ma propre vie.</p>
<p>&#8211; Détends-toi, je ne vais pas te l’arracher… Elle m’en voudrait.</p>
<p>&#8211; Tu ne m’apprécies pas.</p>
<p>&#8211; Ça n’a pas d’importance. Je ne te connais pas. Les rumeurs ne sont pas toi. Puis, là, tout de suite, je me préoccupe davantage de la savoir en sécurité. Si tu peux la réconforter suffisamment pour qu’elle dorme, tu ne dois pas être si mal.</p>
<p>&#8211; Dès les premières lueurs de l’aube, nous partirons.</p>
<p>&#8211; Non.</p>
<p>&#8211; Viens avec nous. Je la porterai pour aller plus vite, sans la réveiller.</p>
<p>&#8211; Non!</p>
<p>&#8211; Alice! Sois raisonnable! Il faut partir d’ici! Ce lieu attire le malheur. Allons nous cacher à la cabane, ou mieux encore dans un autre village. Comprends-moi! Je veux la protéger.</p>
<p>&#8211; Moi aussi! La confiance doit être réciproque, Paul. Tu veux que je te croie, que je me fie à toi. Ne dis pas le contraire. Alors, fais de même. Écoute-moi quand je te dis que le meilleur endroit pour elle est ici. Nous restons, il n’y a pas à en discuter. Par contre, comme je l’ai déjà dit, toi, tu es libre de partir. Je ne l’espère pas. Amélia… Catherine a déjà trop de chagrin, inutile de lui briser le cœur.</p>
<p>&#8211; Je n’irai nulle part sans elle.</p>
<p>Le silence retomba. Berçant Catherine dans ses bras, Paul déposa sur front un doux baiser.</p>
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		<title>Annoncer son arrivée&#8230;</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Lily Chagnon]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 07 Feb 2017 10:19:04 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>En franchissant les derniers mètres la séparant de la demeure de sa sœur, Alice eut un soupir d’appréhension. S’il y avait un sujet pour lequel Désirée n’était pas constante, c’était bien celui qui l’amenait ici, en ce jour. Au cours des dernières années, sa cadette avait démontré de meilleurs sentiments. Elle priait pour que ce [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>En franchissant les derniers mètres la séparant de la demeure de sa sœur, Alice eut un soupir d’appréhension. S’il y avait un sujet pour lequel Désirée n’était pas constante, c’était bien celui qui l’amenait ici, en ce jour. Au cours des dernières années, sa cadette avait démontré de meilleurs sentiments. Elle priait pour que ce fût toujours le cas. Elle ne pouvait pas reculer, ni repousser l’échéance. Elle avait attendu quatre jours, se servant de la santé d’Amélia comme excuse. Elle ne pouvait plus. Ses frères et sœurs seraient furieux contre elle, s’ils devaient apprendre la nouvelle via les ragots d’une commère. Elle commençait par le plus facile. Si Désirée devait mal le prendre, elle n’osait imaginer ce qu’en dirait Bertrand. Elle cogna à la porte, d’où jaillissaient des pleurs et les cris. Après une minute ou deux, une jeune femme lui ouvrit. Dans ses bras, se tordait et gigotait la responsable des hurlements.<span id="more-224"></span></p>
<p>&#8211; Bonjour… Des soucis?</p>
<p>Désirée pouffa d’un petit rire fatigué.</p>
<p>&#8211; Bonjour! Rien de grave. Entre, je t’en prie.</p>
<p>Tout en s’efforçant de calmer sa fille, elle s’avança dans la pièce. Alice la suivit et referma derrière elle.</p>
<p>&#8211; Aimée m’a prévenue qu’elle devait « absolument » retrouver quelqu’un sur la place du marché cet après-midi. Je n’y vois pas d’objection, si ce n’est que lorsqu’elle en parle ainsi, elle revient parfois très tard. J’ai tenu à ce qu’elle s’occupe du potager et récolte le nécessaire pour le dîner avant de partir. Elle a protesté et grommelé, mais elle y est allée. Elle doit avoir presque terminé. Sauf que voilà, pour faire le travail aussi vite, sans le bâcler, elle devait s’y consacrer entièrement. Elle ne pouvait surveiller une petite filoute et mademoiselle Marianne n’est pas contente. Elle voulait jouer à aider. Ce qui revient surtout à tenter d’arracher les plants qu’il ne faut pas et se mettre de la terre jusqu’aux sourcils!</p>
<p>Alice sourit, amusée.</p>
<p>&#8211; Les chiens ne font pas des chats!</p>
<p>&#8211; Alice! Tu exagères! J’étais mignonne et très sage.</p>
<p>&#8211; Bien sûr… Et surtout très fière de toi quand nous devions te débarbouiller! Tu permets?</p>
<p>Elle tendit les bras vers l’enfant qui n’avait toujours pas cessé de crier.</p>
<p>&#8211; Je t’en prie!</p>
<p>Marianne hurla, se débattit, regarda autour d’elle… Et finalement décida en reniflant que décoiffer sa tante serait un jeu amusant. Désirée se laissa tomber sur une chaise, soulagée. D’une main distraite, elle caressa son ventre rond.</p>
<p>&#8211; Ah… Je te remercie! Si seulement elle pouvait faire sa sieste, maintenant.</p>
<p>&#8211; Tu en aurais besoin d’une, toi aussi.</p>
<p>&#8211; Est-ce si évident?</p>
<p>Oh oui ça l’était. Cette seconde grossesse était pénible et l’épuisait. Par orgueil, elle ne disait rien. Cependant, de plus en plus souvent, elle profitait du sommeil de sa fille pour dormir un peu.</p>
<p>&#8211; Qu’est-ce qui t’amène? Il n’y a pas de problème à la maison, j’espère?</p>
<p>Avant de répondre, Alice alla s’asseoir et prit le temps de chatouiller la petite pour finir de lui rendre le sourire.</p>
<p>&#8211; La fille de Marie est arrivée.</p>
<p>Elle plongea son regard dans celui de sa sœur pour jauger de sa réaction. Stupéfaite, celle-ci resta bouche bée, avant de bafouiller.</p>
<p>&#8211; Ca… Catherine? Mais… Mais… Je… je croyais que tu avais écrit? Thomas m’avait dit…</p>
<p>&#8211; Je vais te confier un secret. Pour l’instant, garde-le pour toi. Inutile de compliquer les choses… J’ai bel et bien répondu au Père Ambroise, mais c’était pour lui dire que j’acceptais de prendre la garde de Catherine, que je l’attendais et le prier de bien prendre soin d’elle. Je ne pouvais pas l’abandonner, pas après…</p>
<p>&#8211; Pardonne-moi. Je suis surprise, c’est tout. Tu as bien agi. Si je dois faire des reproches à quelqu’un, c’est à moi-même. Notre sœur… Elle me manque. J’ai tant fait pour l’oublier et quand j’ai eu compris mon erreur, je m’en voulais de tout ce dont je n’arrivais pas à me souvenir. Si je n’avais pas été aussi sotte, moi aussi j’aurais pu correspondre avec elle. Il me resterait quelque chose d’elle.</p>
<p>&#8211; Dans un sens, c’est le cas.</p>
<p>Désirée essuya la larme qui lui coulait sur la joue et hocha la tête.</p>
<p>&#8211; Et nous prendrons bien soin d’elle. J’ai hâte de la rencontrer.</p>
<p>&#8211; Va te reposer. Je vais mettre au lit ce petit trésor et prévenir Aimée. Elle abrégera peut-être son rendez-vous au marché, si elle ne l’annule pas. Venez dîner à la maison. Je vous attendrai en fin d’après-midi.</p>
<p>&#8211; D’accord et merci encore.</p>
<p>Fatiguée, la jeune femme se leva, embrassa sa sœur et sa fille et se dirigea vers sa chambre. Alice profita de ce moment de calme. Après Aimée, elle irait parler à ses frères. Même dans ses meilleurs pronostics, elle n’imaginait pas Bertrand réagir aussi calmement. Avec lui, il faudrait affronter la tempête…</p>
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		<title>Prise de conscience</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Lily Chagnon]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 31 Jan 2017 09:47:01 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>C’était une jolie dentelle, d’une blancheur immaculée. Ses motifs délicats et élégants avaient été conçus avec un fil très doux. Elle aurait fait merveille sur sa robe prune. Elle lui aurait presque fait oublier qu’elle n’avait pas été confectionnée dans du taffetas, du velours ou de la soie. Avec regret, Corine reposa le colifichet sur [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>C’était une jolie dentelle, d’une blancheur immaculée. Ses motifs délicats et élégants avaient été conçus avec un fil très doux. Elle aurait fait merveille sur sa robe prune. Elle lui aurait presque fait oublier qu’elle n’avait pas été confectionnée dans du taffetas, du velours ou de la soie. Avec regret, Corine reposa le colifichet sur l’étal et s’éloigna.</p>
<p>Venir au marché avait été une mauvaise idée. Elle avait espéré s’y changer les idées, se soustraire quelques heures à la tension insoutenable régnant à la maison. Elle n’avait pas considéré l’effet que cela lui ferait d’y être en étant démunie. Elle n’avait plus rien, plus une seule petite piécette. Jusqu’à tout récemment, l’argent dédié aux dépenses du foyer avait été dissimulé dans le recoin d’une armoire, à l’intérieur un petit pot fermé. Elle s’y était servie allègrement, sans aucun état d’âme. C’était tout juste si, lorsqu’elle faisait des achats qu’elle jugeait légèrement excessifs, elle s’en confessait à Thomas. À quelques reprises, il l’avait grondé, dont une ou deux fois plus sérieusement. C’était terminé. Une des premières actions d’Aimée avait été de déplacer le pécule. Elle avait tenté de s’en plaindre, subtilement. Elle avait demandé « en toute innocence » où il était, feignant de s’inquiéter qu’il eut été dérobé. La réponse était tombée comme un couperet. Sa belle-sœur l’avait rangé dans un endroit où elle pourrait mieux le gérer. Personne n’avait rien trouvé à redire. Après tout, elle seule faisait les emplettes pour la maisonnée, alors que Corine n’achetait jamais que pour elle-même. Elle soupira.<span id="more-220"></span></p>
<p>« &#8211; Réveille-toi avant qu’il ne soit trop tard! »</p>
<p>Elle ferma les yeux le temps d’inspirer profondément. La voix de Catherine résonnait dans sa tête. Elle ne cessait de penser à ce qu’elle lui avait dit et révélé. Une fois remise du choc, elle aurait voulu tout rejeté, n’y voir que des fadaises. Elle n’était pas une vulgaire paysanne ignare. Elle était avisée et consciente des véritables réalités de ce monde. Cette fille n’avait rien à lui apprendre! Pourtant, en déambulant entre les étals, sans rien pouvoir acquérir, elle prenait conscience d’un fait incontournable. Durant toutes ses années, Alice avait fait preuve d’une constante et discrète générosité à son égard. Pour préserver son amour-propre et lui offrir un sentiment de liberté et d’indépendance, elle lui avait épargné d’avoir à quémander à son époux pour la moindre dépense. Elle aurait pu si facilement lui couper les vivres… Elle ne s’était attendue à aucune reconnaissance et n’en avait pas reçue. Pire, Corine n’avait rien vu. Pour elle, cela lui revenait de plein droit.</p>
<p>&#8211; Corine? Corine! Bonjour ma chère petite sœur!</p>
<p>Mirabelle se jeta sur elle pour l’embrasser de manière affectée, avant de la prendre par le bras et de l’entraîner avec elle. Non loin, à la sortie d’un petit salon de thé, les attendait leur autre sœur, en compagnie de trois de leurs amies.</p>
<p>&#8211; Regardez qui j’ai trouvé! Vous vous souvenez de Corine, naturellement! Si seulement nous avions été informées de sa présence, nous aurions pu l’inviter à se joindre à nous. Nous aurions pu célébrer la bonne nouvelle.</p>
<p>Corine se força à sourire pour éviter de grimacer. Elles avaient toutes grandi ensemble. Cette allusion n’était qu’une humiliation supplémentaire. C’était bien la dernière chose dont elle avait besoin. Elle aurait aimé avoir le courage de s’arracher de la poigne de son aînée et de partir. Mais elle restait là, espérant… espérant…</p>
<p>« &#8211; Alors, dis-moi Corine, est-ce vraiment cela que tu envies? Est-ce cette vie que tu convoites? »</p>
<p>Oui… Oui, Catherine, c’était cette vie qu’elle avait désirée, qu’elle aurait dû avoir, et qu’elle n’aurait pas, jamais.</p>
<p>&#8211; De quelle bonne nouvelle s’agit-il?</p>
<p>Les femmes pouffèrent de rire hypocritement. Gabrielle Lemauve lui expliqua d’un ton réjoui.</p>
<p>&#8211; Du départ de la bâtarde, bien sûr! Est-ce vrai ce qu’on raconte? Elle serait partie se faire brûler de son plein gré à Arane? Ce que tu dois être soulagée! Tu auras enfin réussi à faire le ménage de ta demeure!</p>
<p>Cinq visages curieux la dévoraient des yeux, avides de détails et de ragots croustillants. Des amies d’enfance et des sœurs pour qui elles n’avaient plus guère de valeur. À combien d’occasions avaient-elles fait un détour pour venir la saluer depuis son mariage? C’était la première… Et ce n’était pas pour elle. Ce n’était pas pour lui rendre les miettes de son ancienne vie, auxquelles elle s’accrochait désespérément. Non, c’était pour se délecter du scandale, sans se préoccuper des répercussions qu’il avait sur elle. Elle déglutit et manqua de s’étrangler en songeant aux seules personnes se souciant vraiment d’elle.</p>
<p>Elle détailla ses sœurs l’une après l’autre.</p>
<p>&#8211; Mérédith, pourquoi as-tu mis autant de maquillage?</p>
<p>Mérédith ricana, embarrassée.</p>
<p>&#8211; Tu ne sais pas de quoi tu parles, voyons! Je mis mes traits en valeur, voilà tout. Évidemment, toi, tu n’as pas à te soucier de tels détails.</p>
<p>Parce qu’elle n’en avait plus les moyens, le sous-entendu était très clair et elle l’ignora.</p>
<p>&#8211; Mirabelle, comment se porte Babette?</p>
<p>Le sourire crispé de l’interpellée se teinta d’un mélange de gêne et d’incompréhension.</p>
<p>&#8211; Qui cela?</p>
<p>&#8211; La bonne qui vous a quittés pour se marier, il y a un peu plus d’un an. Vous l’aviez si généreusement dotée. Vous avez dû vous informer d’elle depuis, non?</p>
<p>&#8211; Elle est partie. Ce n’était qu’une servante, quel intérêt?! Qu’as-tu aujourd’hui? Aurais-tu perdu la tête?</p>
<p>Elles continuèrent à pérorer entre elles, la prenant pour cible, mais elle n’écoutait plus. Elle secoua la tête. Assez… C’était assez! Catherine avait eu raison. Ça lui faisait mal de l’admettre, mais c’était vrai.</p>
<p>&#8211; J’ai de la chance!</p>
<p>Les cinq femmes se regardèrent et rirent en se moquant d’elle.</p>
<p>&#8211; Tu as raison Mérédith. Contrairement à toi, je n’ai pas besoin de maquillage. Mon époux ne me bat pas. Et moi, Mirabelle, je n’ai pas à pleurer l’infidélité de mon époux, il m’est loyal. Il m’aime. Qu’ai-je fait… Durant toutes ces années, je vous ai écoutées, je vous ai enviées. Et pourquoi? Vous n’avez eu de cesse de me rabaisser, de m’écraser pour me rendre aussi misérable que vous l’êtes. Tout ce que j’ai pu faire pour que vous me voyiez… C’est terminé.</p>
<p>Elle libéra sèchement son bras de l’emprise de sa sœur et se détourna. Après quelques pas, elle regarda par-dessus son épaule les femmes abasourdies.</p>
<p>&#8211; Oh! Au fait! Oui, ma « nièce » est bel et bien partie à Arane et elle va revenir. Vous entendrez très bientôt parler d’elle, croyez-moi!</p>
<p>Elle poursuivit sa route d’un bon pas. Elle se sentait légère. Elle savait ce qu’elle devait faire désormais. Elle retourna à la ferme. Aimée travaillait au potager, en surveillant Emma et Béatrice qui s’amusait sur l’herbe. Dans l’ignorance totale, Corine rentra dans la maison et monta à sa chambre. Là, elle attendit. Quelques heures plus tard, Thomas vint la voir pour lui dire que le repas était prêt. Elle lui sourit timidement.</p>
<p>&#8211; Je te demande pardon.</p>
<p>Dut-elle piler sur son orgueil et se mettre à genoux, elle implorerait son pardon et l’obtiendrait. Si elle pouvait avoir une seconde chance, elle ne la gâcherait pas.</p>
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		<title>Le retour d&#8217;Aimée</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Lily Chagnon]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 24 Jan 2017 10:17:34 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Aimée raffermit la prise sur sac et prit une grande inspiration. Elle y était presque. Elle se cuirassa, se préparant à affronter le grand vide laissé par les absentes… et la présence d’une autre. Elle pouvait y arriver. Elle pouvait le faire. Elle n’était plus une enfant. Elle saurait se montrer digne de sa grande [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Aimée raffermit la prise sur sac et prit une grande inspiration. Elle y était presque. Elle se cuirassa, se préparant à affronter le grand vide laissé par les absentes… et la présence d’une autre. Elle pouvait y arriver. Elle pouvait le faire. Elle n’était plus une enfant. Elle saurait se montrer digne de sa grande sœur. Elle avança d’un bon pas, qui devint encore plus rapide lorsque lui parvinrent des pleurs et des cris.<span id="more-209"></span></p>
<p>Elle ouvrit la porte sur une vision d’horreur. Béatrice était assise par terre, attachée au bout d’une longe, par la taille, à une patte de la table. Son seul jouet avait été placé, ou avait roulé, hors de sa portée. Sa robe était souillée et, à l’odeur, elle avait fait ses besoins dans sa culotte. Son pauvre petit visage était rouge et strié de larmes. Dans la pièce régnait une odeur épouvantable. Il y avait des plats et de la vaisselle sales sur toutes les surfaces. Les restes avaient été laissés à pourrir. Des résidus alimentaires et d’autres saletés du quotidien, ou indéfinissables, souillaient le sol. Par tous les Dieux! Alice n’était partie que depuis quatre jours! Comment avait-elle pu mettre la maison dans un tel état!</p>
<p>Elle déposa son sac sur une chaise à peu près propre et se pressa de détacher sa nièce. Elle la prit dans ses bras.</p>
<p>&#8211; Mon pauvre petit cœur! Tante Aimée est là. Je vais prendre soin de toi.</p>
<p>La bambine se blottit contre elle. Les hurlements cessèrent remplacés par des pleurnicheries.</p>
<p>&#8211; Tatalice</p>
<p>Aimée soupira.</p>
<p>&#8211; Elle me manque à moi aussi, ma chérie. Que dirais-tu de m’aider à ranger mes choses? Ensuite, je te donnerai un bon bain et une petite collation. Aimerais-tu ça?</p>
<p>Béatrice hocha timidement la tête, en essuyant du revers de la main ses yeux rougis. La jeune femme reprit son sac et se dirigea vers la porte close de la chambre d’Alice, Catherine et Amélia. En l’ouvrant, elle poussa un second soupir, de soulagement cette fois. La fenêtre avait été fermée. Il y faisait très chaud et une légère odeur de renfermé commençait à s’installer, mais à ces détails près, elle était impeccable. Elle n’avait pas été touchée par la dégradation environnante. Elle semblait s’être figée dans le temps et attendre leur retour, tout comme elle.</p>
<p>Aimée alla mettre son sac sur le lit, puis embrassa la bambine sur le front et la posa par terre. Les petits bras s’agrippèrent, le petit menton tremblota. La jeune femme lui sourit, rassurante.</p>
<p>&#8211; Veux-tu voir ce qu’il y a dans mon sac?</p>
<p>La fillette acquiesça et trottina pour aller l’ouvrir elle-même. Sa tante s’agenouilla près d’elle. Ce serait plus long ainsi et l’état de la petite faisait pitié. Il lui tardait de la laver et de la changer. Cependant, elle ressentait aussi le besoin de s’installer avant de se mettre à la tâche et Béatrice avait surtout besoin d’attention et de réconfort. D’ailleurs, en tirant la première robe, froissée par sa petite menotte, elle lui offrit un sourire tremblotant.</p>
<p>Des bruits de pas déboulèrent l’escalier.</p>
<p>&#8211; Mais que se passe-t-il ici?</p>
<p>Une mère normale se serait inquiétée des pleurs de son bébé. Celle-ci se préoccupait de son silence. Navrant. Tranquillement, sans s’en soucier, Aimée rangea la robe dans la commode et continua à vider son bagage. Béatrice, surprise par l’éclat de voix, était tombée sur son derrière et suçait son pouce, les yeux grands écarquillés. La silhouette de Corine s’encadra sur le seuil de la pièce. Elle observa sa belle-sœur, médusée et vexée.</p>
<p>&#8211; Où est-ce que tu crois?</p>
<p>&#8211; Dans la maison de mon père.</p>
<p>&#8211; Ça n’excuse rien. Je ne sais pas pour qui tu te prends, mais…</p>
<p>&#8211; La maîtresse de maison, jusqu’au retour d’Alice.</p>
<p>Corine s’étouffa dans sa rage. C’était elle, elle, et personne d’autre, la maîtresse de cette maison! Cette petite impertinente ne perdait rien pour attendre. Elle lui apprendrait sa place. Elle redressa la tête, hautaine, et la toisa.</p>
<p>&#8211; Cesse de dire des niaiseries et va plutôt nettoyer. Puisque tu es là, et que tu prévois de t’imposer, rends-toi utile.</p>
<p>Aimée lui jeta un regard méprisant. Elle s’accroupit près de Béatrice et, après une douce caresse, mit ses mains sur oreilles.</p>
<p>&#8211; Es-tu sourde, en plus de n’être qu’une misérable vermine bonne à rien? Je ne suis pas ta servante et je ne le serai jamais! Ne t’attends pas à me donner des ordres. Tu n’es rien. Si ce n’était que de toi, je te laissais croupir dans ta crasse! Mais mon frère et mon père ne méritent pas de vivre dans une telle porcherie. Déjà qu’ils se tourmentent pour Alice, Catherine et surtout Amélia, et tout ça par ta faute! Connaissant Thomas, il doit même se sentir responsable de ton infamie. Le pauvre… Dégage! Retourne dans ta chambre ou va-t’en, je m’en moque, mais ne te mets pas sur mon chemin.</p>
<p>Elle retira ses mains, s’efforça de sourire à l’enfant pour la rassurer et après lui avoir donné un autre petit baiser, termina ce qu’elle avait commencé.</p>
<p>Corine était blême de fureur. Ça ne se passerait pas ainsi! Cette pimbêche verrait quand les hommes rentreraient des champs. D’accord, ils la battaient froid ces jours-ci… Mais son époux ne la laisserait pas se faire humilier de la sorte. Il saurait faire entendre raison à sa sœur. Elle y croyait. Elle voulait y croire.</p>
<p>Il était presque l’heure du dîner lorsque Thomas revint avec son père et ses enfants. Ils n’avaient aucune hâte de rentrer, si ce n’était à la pensée de Béatrice. Il ne pouvait l’amener avec lui et ça lui faisait mal au cœur. Jamais avant cela n’avait-il craint pour ses enfants sous son propre toit. Sa mère aurait-elle su prendre soin d’elle, un minimum, ces dernières heures? Il fut surpris et ravi d’entendre son rire en poussant la porte. La maison était propre et aérée. Une bonne odeur de pain frais et de soupe avait remplacé la puanteur des déchets. La table était mise, prête pour le repas. Il retint ses larmes en se précipitant vers sa petite sœur pour l’enlacer.</p>
<p>&#8211; Merci… merci…</p>
<p>Corine se tint coite. Elle baissa la tête et se renfonça dans la chaise à bascule. Thomas n’avait eu aucun regard pour elle. Son beau-père, qui accueillait chaleureusement sa fille, pas davantage. Elle avait perdu. C’était blessant, mais il fallait le reconnaître. Dans cette demeure, elle n’était plus rien.</p>
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		<title>Action préventive</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Lily Chagnon]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 17 Jan 2017 10:42:40 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Mirabelle Bastarache n’aurait pu espérer mieux. Cet après-midi de juillet était particulièrement beau et chaud, avec juste une petite brise rafraîchissant ses convives. Pour tromper son ennui, elle organisait régulièrement de ces petites réceptions. Elle faisait installer le large auvent dans le jardin. Dans son ombre, elle supervisait la disposition judicieuse de chaises et guéridons, [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Mirabelle Bastarache n’aurait pu espérer mieux. Cet après-midi de juillet était particulièrement beau et chaud, avec juste une petite brise rafraîchissant ses convives. Pour tromper son ennui, elle organisait régulièrement de ces petites réceptions. Elle faisait installer le large auvent dans le jardin. Dans son ombre, elle supervisait la disposition judicieuse de chaises et guéridons, où elle faisait ensuite servir le thé et quelques douceurs. Par contre, elle n’invitait pas toujours sa jeune sœur, et pour cause… Le doux chant des oiseaux, le murmure du vent dans les arbres et la musique des voix joyeuses discutant furent perturbés par les hurlements de sa nièce d’un an et demi. Mais qui, par tous les Dieux, pourraient avoir l’idée d’amener un bébé à un thé mondain! Dissimulant un sourire dédaigneux derrière sa tasse, elle jeta un regard torve à sa benjamine.<span id="more-199"></span></p>
<p>Corine l’ignora. Elle fit mine de ne rien entendre et d’être parfaitement à l’aise, alors qu’à l’intérieur, elle bouillait de rage et d’humiliation. Qu’aurait-elle pu faire? Alice n’avait fait preuve d’aucune coopération. Elle avait décrété ne pas avoir le temps de s’occuper de Béatrice. À près de cinq ans, Emma pouvait suivre ses frères pour jouer dans les champs, mais pas la plus petite. Eut-elle osé effleurer l’idée que Thomas l’aurait regardé comme si elle avait perdu la tête. Et cette misérable petite bâtarde… Si elle avait horreur de voir Catherine tourner autour de ses enfants, il y avait tout de même des fois où nécessité faisait loi! Qu’avait-elle besoin de sortir, celle-là! Elle aurait eu mieux fait de se rendre utile! Faute de solution, elle avait dû amener sa fille et la confier à la nourrice de sa sœur, rappelant à toutes qu’elle, en l’occurrence, n’en avait pas!</p>
<p>L’enfant fini par se taire et la mère poussa un discret soupir de soulagement. Pour éviter les commentaires compatissants, réels ou méprisants, elle ramena la discussion sur le dernier potin à propos de la supposée maîtresse d’un homme bien en vue.</p>
<p>&#8211; Madame? Madame Duprond est arrivée.</p>
<p>La domestique s’inclina en cédant le passage à la visiteuse. Mirabelle se hâta d’aller l’accueillir.</p>
<p>&#8211; Ma chère Clothilde! Nous ne vous attendions plus! Venez vite vous asseoir. Roseline, apporte une tasse de thé pour madame Duprond.</p>
<p>&#8211; Tout de suite, madame.</p>
<p>Après une embrassade affectée, Mirabelle conduisit son amie vers la dernière place vacante.</p>
<p>&#8211; Lorsque vous connaîtrez la raison de mon retard, vous me pardonnerez sans aucun doute, ma chère!</p>
<p>Elle prit la tasse des mains de la domestique, sans daigner la remercier.</p>
<p>&#8211; Vous n’avez eu aucun souci, j’espère?</p>
<p>Clothilde balaya son inquiétude d’un geste négligent.</p>
<p>&#8211; En aucun cas! Par contre, nous aurons prochainement droit à quelques histoires croustillantes.</p>
<p>Elle but une gorgée, les faisant languir à loisir.</p>
<p>&#8211; Une escouade inquisitoriale a franchi les portes de la ville, ce midi!</p>
<p>Toutes s’exclamèrent, à la fois scandalisées, comment imaginer qu’il pourrait y avoir des sorcières dans leur ville, et réjouies, un peu d’animation était toujours plaisant. Pour sa part, Mérédith jeta un regard curieux en direction de Corine, avant de le reporter vers leur sœur aînée. Elle fronça les sourcils puis, un même léger sourire mauvais étira leurs lèvres.</p>
<p>&#8211; Ma pauvre Corine!</p>
<p>Croyant à une autre allusion sur sa bévue maternelle, la jeune femme offrit à Mérédith un rictus las.</p>
<p>&#8211; Tu nous manqueras, très chère sœur.</p>
<p>Qui devint une grimace indécise en réponse à Mirabelle. Celle-ci vida sa tasse et la déposa délicatement.</p>
<p>&#8211; Faire un mauvais mariage est une chose. Devoir en subir les inconvénients, une autre. Mais nous aurions au moins pu espérer qu’il ne te conduirait pas sur le bûcher. Quelle déception…</p>
<p>– Mais de quoi parlez-vous?</p>
<p>&#8211; Elle ne t’a jamais écouté, Mirabelle. Ce n’est pas aujourd’hui que cela changera! Pauvre petite sotte, tu héberges sous ton toit une sorcière. C’est de notoriété publique. Que crois-tu qu’il t’arrivera si l’Inquisition examine de trop près ton foyer. Tu seras accusée de complicité, peut-être même d’avoir toi-même fait usage de sorcellerie!</p>
<p>&#8211; C’est ridicule! Je suis une bonne croyante, cela se sait!</p>
<p>Au cours de la demi-heure suivante, les commentaires fusèrent, alimentant l’hypothèse des deux sœurs. Une peur atroce avait germé en Corine. Le retour des pleurs et des cris de Béatrice réclamant Alice, l’irritait et l’empêchait de réfléchir. Au final, prise de terreur, elle prétexta avoir oublié une course urgente pour s’absenter. Nul ne fut dupe et l’on ricana dans son dos, sitôt eut-elle franchi la porte.</p>
<p>Trouver où s’était arrêtée l’Inquisition ne fut pas difficile. Rencontrer quelqu’un pour lui faire part de ses accusations fut tout aussi facile. En s’éloignant, elle avait le cœur plus léger. Ils n’oublieraient pas. Ils tiendraient compte de sa collaboration et quoiqu’il puisse être dit sur Catherine et sa mère, dorénavant, ça ne l’attendrait plus. Elle fit une halte au marché pour sauver les apparences. Elle y croisa sa belle-sœur. Cette idiote s’était tant attachée à la fille qu’elle ne comprendrait pas qu’elle venait toutes de les sauver. Pourtant, avec le temps, elle verrait bien! Ce fut avec un grand sourire réjouie qu’elle annonça son méfait à Alice. De toute façon, elle ne pourrait plus rien y faire, il était trop tard. Les inquisiteurs étaient déjà en route pour appréhender cette peste de Catherine!</p>
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