Prise de conscience

C’était une jolie dentelle, d’une blancheur immaculée. Ses motifs délicats et élégants avaient été conçus avec un fil très doux. Elle aurait fait merveille sur sa robe prune. Elle lui aurait presque fait oublier qu’elle n’avait pas été confectionnée dans du taffetas, du velours ou de la soie. Avec regret, Corine reposa le colifichet sur l’étal et s’éloigna.

Venir au marché avait été une mauvaise idée. Elle avait espéré s’y changer les idées, se soustraire quelques heures à la tension insoutenable régnant à la maison. Elle n’avait pas considéré l’effet que cela lui ferait d’y être en étant démunie. Elle n’avait plus rien, plus une seule petite piécette. Jusqu’à tout récemment, l’argent dédié aux dépenses du foyer avait été dissimulé dans le recoin d’une armoire, à l’intérieur un petit pot fermé. Elle s’y était servie allègrement, sans aucun état d’âme. C’était tout juste si, lorsqu’elle faisait des achats qu’elle jugeait légèrement excessifs, elle s’en confessait à Thomas. À quelques reprises, il l’avait grondé, dont une ou deux fois plus sérieusement. C’était terminé. Une des premières actions d’Aimée avait été de déplacer le pécule. Elle avait tenté de s’en plaindre, subtilement. Elle avait demandé « en toute innocence » où il était, feignant de s’inquiéter qu’il eut été dérobé. La réponse était tombée comme un couperet. Sa belle-sœur l’avait rangé dans un endroit où elle pourrait mieux le gérer. Personne n’avait rien trouvé à redire. Après tout, elle seule faisait les emplettes pour la maisonnée, alors que Corine n’achetait jamais que pour elle-même. Elle soupira. Continuer la lecture de « Prise de conscience &rquo;

Le cœur du cœur de l’Oealys

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Bien avant d’ouvrir un fichier pour écrire le premier mot de mon roman, j’avais pris une tablette et un stylo, cette tablette. J’ai presque rédigé un livre… pour en pondre un. Elle contient l’antiquité du monde que j’ai créé, la genèse de l’Oealys, son âge d’or, sa disparation, des notions de religion, la naissance de l’Artèbe, la création de l’Inquisition, la description des évènements dans les années précédant le début de la saga, le BG des personnes secondaires, en plus de notes et de quelques gribouillis qui m’aidaient à réfléchir. Autant le dire, elle est pleine. Depuis, j’utilise OneNote pour m’organiser et en guise d’aide-mémoire. J’ai commencé à transférer mes notes dessus, mais je n’ai pas encore fini, loin de là. Tant que ce ne sera pas fait, cette tablette est très précieuse.

Le retour d’Aimée

Aimée raffermit la prise sur sac et prit une grande inspiration. Elle y était presque. Elle se cuirassa, se préparant à affronter le grand vide laissé par les absentes… et la présence d’une autre. Elle pouvait y arriver. Elle pouvait le faire. Elle n’était plus une enfant. Elle saurait se montrer digne de sa grande sœur. Elle avança d’un bon pas, qui devint encore plus rapide lorsque lui parvinrent des pleurs et des cris. Continuer la lecture de « Le retour d’Aimée &rquo;

Action préventive

Mirabelle Bastarache n’aurait pu espérer mieux. Cet après-midi de juillet était particulièrement beau et chaud, avec juste une petite brise rafraîchissant ses convives. Pour tromper son ennui, elle organisait régulièrement de ces petites réceptions. Elle faisait installer le large auvent dans le jardin. Dans son ombre, elle supervisait la disposition judicieuse de chaises et guéridons, où elle faisait ensuite servir le thé et quelques douceurs. Par contre, elle n’invitait pas toujours sa jeune sœur, et pour cause… Le doux chant des oiseaux, le murmure du vent dans les arbres et la musique des voix joyeuses discutant furent perturbés par les hurlements de sa nièce d’un an et demi. Mais qui, par tous les Dieux, pourraient avoir l’idée d’amener un bébé à un thé mondain! Dissimulant un sourire dédaigneux derrière sa tasse, elle jeta un regard torve à sa benjamine. Continuer la lecture de « Action préventive &rquo;

Le cœur d’Aimée

Des regrets, des regrets et encore des regrets! Aimée s’y noyait, un sourire crispé aux lèvres. Autour d’elle, c’était la fête. Les gens dansaient, riaient. Ils s’amusaient, tandis qu’elle était prisonnière d’une situation qu’elle s’était elle-même créée.

Après des mois à rechercher leur compagnie, malgré leurs infectes manières hautaines, à rire de leurs mauvaises plaisanteries et à tout faire pour leur être agréable, elle avait su trouver grâce aux yeux de Charlotte Rouvier et d’Estelle Jonfleur. Elle ne se faisait pas d’idées. Elle était fille de paysan et, à ce titre, ne mériterait jamais d’être totalement admise dans leur cercle, mais c’était sans importance. Pour l’heure, elle les amusait. Elles l’avaient donc invitée à se joindre à elles et leurs amies, après le départ des enfants. C’était l’occasion tant espérée. Ce soir, « il » la verrait enfin. « Il » la remarquerait. Et ensuite… Son imagination fertile avait fait battre son cœur et colorer ses joues. Quelle sottise… Que d’espoirs déçus… Continuer la lecture de « Le cœur d’Aimée &rquo;