Un extrait du chapitre 16 du tome 2 du cœur de l’Oealys

Ces derniers temps, j’avais perdu mes mots. Je suis restée trop souvent devant mon écran à m’arracher les cheveux de la tête en cherchant le mot que j’avais sur le bout de la langue… ou des doigts. J’ai perdu beaucoup de temps comme ça. Le problème, c’est que l’écriture n’avançait pas. C’était décourageant. Donc, je manquais de motivation chaque jour pour venir m’installer à mon ordinateur. Ça ne m’aidait pas à être productive et… Ben… Vous voyez le cercle vicieux.

Je crois avoir retrouvé ces petits fuyards. Espérons que ce soit vrai et que ça se maintienne. En attendant… Un petit extrait du chapitre 16 de la nouvelle reine!

 

Extrait de la nouvelle reine, chapitre 16:

C’était une erreur. C’était nécessaire. Je fonçai droit devant moi. Je dévorai la distance me séparant de la cité et m’engouffrai, d’un trot soutenu, dans l’une de ses principales artères. Je faisais fi de la discrétion et de la circonspection. Je les jetais aux orties. À quoi bon m’en soucier, d’ici peu ma venue serait fort remarquée. Sur mon chemin, se dressèrent des imprudents, des impudents et des inconscients. Je les écartai. Ils ne me ralentiraient pas. Ils ne m’arrêteraient pas.

Décentrée, sise dans un quartier modeste, à proximité des édifices administratifs, se trouvait une bâtisse lugubre, devant laquelle je mis pied à terre. Stratégiquement construite, sur deux étages, en pierre grise et froide, elle était sobre et fonctionnelle. Ses fenêtres, peu nombreuses, étaient étroites. Son seul accès était gardé par deux hommes en arme. Entre ses murs, une dizaine d’autres geôliers ou soldats vaquaient à leurs occupations. En soi, cette prison, à l’instar de toutes ses semblables, n’était guère un endroit plaisant ou accueillant. Pourtant, le pire se tramait dans ses sous-sols, clandestinement.

Un regard désespéré se posa sur moi. À quelques mètres devant l’entrée, une femme était agenouillée au sol, effondrée. Elle scrutait les allées et venues à la recherche de quiconque susceptible de lui venir en aide. Elle avait pleuré, prié, supplié. Elle était prête à recommencer, à se sacrifier. J’avais le cœur serré. Elle aurait pu être ma mère… Elle avait été ma mère… J’allai vers elle. Je la pris par le bras et la relevai.

– Rentrez chez vous.

Dans ma hâte, troublée, j’avais été plus brutale que je ne l’aurais souhaité. Je lui avais fait mal. Je l’avais choquée. Elle se débattit et tenta de me frapper. Personne ne la chasserait!

– Écoutez-moi…

Elle ne le fit pas. Sa détresse lui faisait frôler l’hystérie. Je raffermis ma prise et la secouai afin de lui faire entendre raison.

– Je vais la chercher! Je la conduirai à un endroit où elle sera en sécurité. Préparer ses affaires, et les vôtres si vous souhaitez l’accompagner. Il faudra être prêts lorsque nous arriverons. Je n’aurai pas le temps de vous attendre. Si vous l’aimez, allez-y!

Un instant d’incertitude. Une étincelle de compréhension, d’espoir. Elle se dégagea et s’en fut à toutes jambes.

Notre altercation avait attiré l’attention des gardes, curieux des propos échangés hors de leur portée. Ils ne dissimulèrent pas leur soulagement à sa conclusion. Ils avaient été témoins de ses implorations. Ils en avaient été la victime. Ils ne pouvaient rien pour elle! Pourquoi ne le comprenait-elle pas? Leur impuissance et leur frustration avaient rongé leur compassion. Dans ce terreau fertile, il avait été aisé de faire naître des sentiments moins nobles. Le mépris avait pris racine. Ils s’étaient joints aux méchantes railleries. C’était de sa faute. Elle l’avait cherché. Elle le méritait. Ils n’étaient pas responsables de ses malheurs! Pourquoi se seraient-ils sentis coupables de la voir souffrir..? Ils m’étaient reconnaissants de l’avoir fait partir. Ils l’auraient été d’autant plus si je m’en étais allée avec elle au lieu de m’approcher d’eux.

– Circulez! Quoiqu’elle ait pu vous dire…

Un coup de coude dans les côtes lui coupa la parole.

– Edgar?

– Quoi? Ça ne va pas recommencer?!

Furieux, Edgar n’avait pas remarqué le teint livide de son collègue, ni sa main tremblante sur la garde de son épée. Il m’avait reconnu. Il n’en croyait pas ses yeux. La veille encore, il plaisantait dans une auberge, une chope à la main, à propos de ses racontars. C’était loin. C’était ailleurs. C’était des fadaises. C’était surtout lié à un certain groupe de sorcières. Leur bonne ville, les Dieux en étaient loués, n’avait pas été mêlée à tout cela. Ils n’étaient pas concernés. Il en avait ri. Il ne riait plus.

– Allons-y. J’ai à faire.

– Qu’est-ce qu’elle raconte celle-là?! Oh et puis zut!

Edgar porta la main à son arme. Je ne le laissai pas la tirer hors de son fourreau. J’immobilisai ses bras, leurs bras, le long de leur corps. D’une pression sur leur bouche et sur leur gorge, je les réduisis au silence. L’un tremblait, incapable de réfléchir. L’autre s’accrochait à sa colère et au protocole. Selon ce dernier, pour accéder à la prison, il fallait frapper à la porte selon un certain rythme. Quatre hommes, postés en permanence dans la salle des gardes, réagissaient selon le code entendu ou son absence. Si le bon était donné, deux d’entre eux venaient accueillir les visiteurs. L’un se présentait au guichet et s’informait de leur identité et intentions avant d’ouvrir. Le second attendait un peu plus loin dans le corridor, derrière une grille verrouillée. S’il y avait embrouilles, il n’avait qu’à tourner la tête sur la gauche pour alerter ses collègues et filer vers la droite, via l’ouverture donnant accès aux escaliers, montant ou menant à l’étage inférieur, quérir du renfort. Les murs du tronçon de couloir constituant l’entrée étaient truffés de petites ouvertures en hauteur permettant à des archers de faire un carnage sur des intrus, en toute impunité. Je serais piégée. Cette porte ne s’ouvrait que de l’intérieur. Je ne passerais pas outre. Il ne me préviendrait pas. Il ne collaborerait pas. Je ne lui faisais pas peur. En fait, si… Cela étant, je n’avais pas à le savoir. Cette fameuse porte ne me posa aucun problème, ni la grille d’ailleurs, quoique leurs gonds auraient eu besoin d’être huilés. Le bruit avisa les soldats. Ils rejoignirent mon escorte silencieuse.

La majorité des cellules étaient au rez-de-chaussée et à l’étage. Sans être conviviales, elles étaient aérées et à peu près salubre. Le sous-sol était réservé aux criminels dangereux et aux interrogatoires. Il était sombre, humide, angoissant. Les pensionnaires y étaient rares. Les séjours y étaient courts et se terminaient le plus souvent par la potence. Je n’eus aucun mal à me débarrasser de mes compagnons involontaires. Plusieurs geôles étaient vides. Je les enfermai dans l’une d’elles et continuai seule jusqu’à une pièce, tout au fond. Connaître à l’avance la scène m’y attendant ne me la rendit pas moins horrible. Des chaînes pendaient au mur. Des instruments, dont je ne souhaitais pas apprendre l’utilité, étaient disposés un peu partout. Pour l’heure, ils ne servaient pas. Les inquisiteurs entouraient une table inclinée sur laquelle était allongée une jeune femme, les mains attachées au-dessus la tête, le corsage déchiré, les jupes relevées sur les hanches, les cuisses écartées de force. Ils observaient leur chef la violenter et attendaient leur tour avec un sourire lubrique.

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